Histoire de l'Inde


L'histoire de l'Inde est l'une des plus anciennes du monde. Précisons tout d'abord que le territoire "historique" de l'Inde ne se limite pas aux frontières actuelles mais englobe le sous-contient dans son ensemble c'est-à-dire l'Inde, le Pakistan et le Bangladesh. Les spécialistes de l'Inde ont pour habitude de diviser le pays en deux parties : le Nord et le Sud. L'Inde du Nord est constituée par les bassins de l'Indus et du Gange (la plaine Indo-Gangetique), l'Inde du Sud est formée par le gigantesque plateau du Deccan (voir Géographie de l'Inde). Les plaines alluviales du nord ont formé un environnement propice au développement de ce que l'on a appelé les civilisations de l'Indus puis du Gange. L'Indus coule du Nord de l'Inde vers le Sud-Ouest du Pakistan. Le Gange traverse l'Inde du Nord depuis l'Himalaya vers le Golfe du Bengale.

Carte du relief de l'Inde

Carte du relief de l'Inde


L'Inde paléolithique

Les plus anciens objets ont été retrouvés dans le nord du Pakistan et sont âgés de deux millions d'années. Le désert du Thar (à la frontière indo-pakistanaise) est un haut-lieu archéologique. De nombreux outils vieux de 400 000 ans ont été retrouvés à cet endroit. Les études géologiques ont montré que ce désert fut une zone humide entre -140 000 et -25000 ans et fut sans doute un endroit propice à la chasse.


L'Inde néolithique

Les fouilles conduites à Mehrgarh, au bord du système de l'Indus, ont permis de mettre à jour des colonies d'habitations humaines. Il semble qu'il y ait eu deux périodes d'occupation. La première entre le VIIIe et le VI millénaire avant J.-C. et une autre entre le Ve et le IVe millénaire avant J.-C. La première période a vu le développement d'une agriculture primitive, d'ateliers de fabrication et de réseaux de commerce. La deuxième période fut caractérisée par un probable événement tectonique. Vers -5500, une grande quantité de limon fut déposée sur les terres de Mehrgarh. L'utilisation de la poterie se répandit plus largement et les greniers furent de plus en plus utilisés. Les murs de briques retrouvés suggèrent l'édification d'importants bâtiments. Le travail du cuivre et de l'ivoire fit son apparition.

Dans la vallée du Gange, des sites datant du 7e millénaire avant J.-C. ont été retrouvés. Dans la péninsule elle-même, les premières colonies apparurent au début du IIIe millénaire avant J.-C. Ces colons étaient semi-nomades et étaient à la tête de troupeaux de zébus.


L'urbanisation de la vallée de l'Indus

Vers -5000 avant J.-C., la frontière indo-pakistanaise voit le développement de nombreuses colonies. Ces communautés étaient basées sur la culture du blé et de l'orge, sur l'élevage de chèvres et de bétail et sur le travail du cuivre et du bronze. Vers le milieu du IVe millénaire ces communautés commencent à se répandre dans la vallée de l'Indus en établissant des relations entre elles. Ce phénomène dura environ 500 ans et aboutit à une urbanisation de la société. Le site d'Harrapa en est l'un des meilleurs représentants.

Sur les poteries retrouvées, les archéologues ont noté la présence de peinture à caractère religieux et d'inscriptions ressemblant à une écriture même si ce terme semble impropre. Ce long processus permit la naissance de la civilisation de l'Indus que les historiens datent d'environ -2500 avant J.-C.

À cette époque les villes de l'Indus, de taille variable, étaient réparties sur une superficie au moins aussi grande que celle du Pakistan actuel. Le matériau de construction employé était surtout la brique. La pierre était rarement utilisée. L'uniformité culturelle de la civilisation de l'Indus coïncidait probablement avec une unité politique et administrative, probablement très puissante vu l'étendue du système de l'Indus. Cependant la structure même de ce système politique et social fait toujours l'objet d'hypothèses. Les quelques sites extérieurs au système de l'Indus servaient de ports ou de villes de commerce vers le Golfe Persique.

La situation géographique favorable de la vallée de l'Indus permettait la culture de riz, de dates, de melons, de plantes légumineuses, etc. Le coton était également cultivé pour la confection de textile. L'élevage était principalement celui du bétail, de chèvres, de moutons, de cochons. Les chameaux les ânes étaient utilisés comme bêtes de somme. Le cuivre et le bronze étaient largement employés pour la manufacture des outils. Les autres métaux (or, argent, plomb) étaient plus rarement utilisés. Les poteries étaient produites en masse.

Cette utilisation de matériaux divers a nécessairement provoqué l'établissement de relations commerciales avec les autres peuples vivant hors de la vallée de l'Indus, notamment avec la Mésopotamie. Ces relations ont probablement nécessité le développement de moyens de communications. L'écriture employée alors reste entourée de mystère même si les experts s'accordent pour dire qu'elle n'était pas d'origine indo-européenne. Elle s'apparenterait plutôt aux langues dravidiennes encore parlées dans le sud de l'Inde. L'écriture était constituée de signes lus de droite à gauche mais on ne sait pas s'ils étaient de type idéographique, logographique ou autre.

La religion était déjà typiquement indienne. On présume que les fidèles priaient un Grand Dieu et une Grande Mère. Les attributs de ces deux divinités sont comparables à ceux des divinités hindoues Shiva et Parvati. Il est probable que certains animaux, tels le taureau et le tigre, faisaient l'objet de culte. Des traces de rites funéraires ont été découvertes. Il semble que les habitants enterraient leurs défunts et croyaient en une vie après la mort.


Le déclin de la civilisation de l'Indus et l'arrivée des aryens

Le déclin du système de l'Indus s'est produit en plusieurs étapes, sur au moins cent ans entre une période estimée à -2000 et -1750 ans. Les experts discutent encore des causes exactes qui l'ont provoqué. Quatre hypothèses se distinguent : une modification environnementale profonde; une modification tectonique qui aurait entraîné d'importantes inondations ou un assèchement; des invasions venues de l'ouest; ou alors un agent dévastateur comme une maladie épidémique.

La principale modification de l'environnement culturel des peuples de la vallée de l'Indus fut l'arrivée des aryens. Ces peuples étaient originaires des steppes de la région de la mer Caspienne. (Il convient de préciser que ce terme d'aryen est employé ici dans son acception première et n'a aucun rapport avec l'usage qu'en firent abusivement les nazis pour désigner la soit-disant "race supérieure").

Il semble certain qu'ils étaient présents à la frontière du système de l'Indus vers -2000 ans. Petit à petit ils ont conquis les villes de l'Indus et se sont enfoncés dans la péninsule indienne vers l'Est et le Sud. À partir de -1000 ans, les principes fondateurs de l'hindouisme font leur apparition grâce à la prédominance de la caste de brahmanes. C'est à cette époque que sont rédigés en sanskrit les Vedas, textes sacrés de l'hindouisme. Les Vedas sont au nombre de quatre : le Rigveda, le Yajurveda, le Samaveda et le Atharvaveda.

La littérature sacrée s'étoffa entre -800 et -500 ans. Les textes servaient de base à la vie religieuse bien sûr mais aussi à la vie sociale ce qui renforçait le pouvoir des brahmanes, seuls habilités à apprendre les Vedas. C'est entre -500 et -300 ans que sont rédigées les deux grandes épopées hindoues : le Mahabharata et le Ramayana. Ces textes sont basés sur des légendes et des faits historiques mais ces derniers sont très difficiles à dater en raison des nombreuses réécritures.

Cette période voit également une évolution politique puisque la notion de clans et de tribus est peu à peu abandonnée au profit de celle de royaume et plus largement d'état. Le roi n'est plus alors un simple chef de guerre mais l'incarnation de l'autorité et du pouvoir sur le territoire. Cette autorité est affirmée par de grandes cérémonies et elle devient héréditaire. Cette nouvelle hiérarchie sociale renforce le pouvoir de l'aristocratie et des prêtres Ces derniers, en s'appuyant sur les Vedas, divisent la société en classe : les Brahmanes (prêtres), les Ksatriyas (aristocratie), les Vaishyas (le peuple ordinaire) et les Shudras (les serviteurs). Ils semblent que les Shudras étaient les non-aryens au service des classes supérieurs. Ils n'étaient cependant pas considérés comme des esclaves.

Après avoir progressivement envahi le nord de l'Inde, la vallée du Gange et une bonne partie du Deccan, les aryens se partageaient 16 états principaux. Le système politique était de type monarchique ou oligarchique. Les changements politiques et sociaux furent accompagnés d'une remise en question des traditions religieuses. De nombreuses sectes firent ainsi leur apparition. Seules deux d'entre elles se développèrent suffisamment pour prendre le statut de religion majeure : le bouddhisme et jaïnisme. Elles étaient toutes deux opposées aux sacrifices d'animaux et prêchaient la non-violence.

Au VIe et au Ve siècle av. J.-C. les états les plus puissants se battent pour prendre le contrôle du Gange. Bimbisara, roi du Magadha, sort victorieux de cette confrontation et s'empare des voies d'accès au delta du Gange et donc des voies de commerce. Il fut l'un des premiers souverains de l'Inde à développer une administration efficace. Ajatasatru, fils de Bimbisara, renforce le pouvoir du Magadha sur la basse vallée du Gange. À sa mort en -459, la dynastie perd de son influence et est remplacée par celle des Mahapadma Nanda.


Alexandre le Grand

En -327 Alexandre le Grand, après s'être emparé du royaume des Achéménides en Perse, franchit l'Indus et s'empare du Gandhara. Mais ces troupes, à bout de forces, refusent de s'aventurer plus loin. Alexandre établit tout de même un certain nombre de colonies grecques qui améliorèrent le commerce vers l'Asie Mineure. C'est avec l'arrivée d'Alexandre que l'histoire de l'Inde commence à être datée avec précision.


L'empire des Maurya

Entre -325 et -321 Chandragupta renverse les Nanda et mène des campagnes souvent violentes dans le Nord et le centre de l'Inde. C'est ainsi qu'il constitue le premier empire de l'Inde. Chandragupta ira jusqu'à combattre les Séleucides en Iran. Ces provinces lui seront cédées après la signature d'un traité.

Kautilya, premier ministre de Chandragupta, rédige en sanskrit son célèbre ouvrage sur la vie politique et économique : l'Arthasasthra. Il y décrit le gouvernement idéal et développe des théories économiques. Il prônait par exemple l'irrigation et la colonisation des terres non cultivables par les Sudra. L'application de ce principe provoquera d'importants mouvements de population.

Selon les jaïnas, Chandragupta se convertit au jaïnisme puis abdiqua en faveur de son fils Bindusara. Ce dernier monte sur le trône en -297. Il étend l'empire vers le sud de l'Inde jusqu'au Karnataka. Ashoka, fils de Bindusara, prend la succession en -273 environ. Ashoka est connu pour le nombre impressionnant de décrets qu'il rédigeait. En -260 il mène une guerre sanglante contre les Kalinga. Cet affrontement aura surtout pour conséquence la prise de conscience d'Ashoka pour la non-violence prêchée par le bouddhisme. Après s'être converti, il enverra des missions au Sri Lanka.

L'empire Maurya atteint son apogée. La cohésion de l'empire était maintenue par le contrôle de l'administration. L'empire est divisé en quatre grandes provinces elles-même divisées en districts. Le village constitue la base administrative. Ashoka se sentait très proche de son peuple et cherchait toujours à connaître son opinion. Ashoka s'éteint en -232. L'empire décline alors très rapidement et en moins d'un demi siècle l'empire est réduit à la vallée du Gange. La raison de cette désintégration reste sujet à controverses. Il peut s'agir de la conséquence de la conversion au bouddhisme d'Ashoka, celle-ci aurait provoqué la colère des brahmanes. Mais une faiblesse soudaine de l'économie semble être une raison plus probable. Les dépenses liées au maintien de l'armée et de l'administration sur un territoire de plus en plus vaste auraient considérablement vidé les caisses. D'autre part la production agricole n'aurait pas suivi le développement démographique.

En -185 le dernier Maurya, Brhadratha est assassiné par Pusyamitra, un brahmane qui fondera la dynastie des Sunga. Ceux-ci contrôlent l'Inde gangétique pendant que Demetrius, roi de Bactriane entre -190 et -167, prend d'assaut l'Inde du Nord-Ouest. Les Sunga sont à leur tour renversés par les Kanva (de -73 à -25) et les Bactriens sont chassés par les Saka. Ces derniers arrivèrent en Inde poussés par les Huns d'Asie Centrale. Puis ce sont les Kushana qui repoussent les Saka vers le sud. Ces vagues successives d'envahisseurs se poursuivent jusqu'au deuxième siècle de notre ère. Après être monté sur le trône en 78, Kanishka mène l'empire Kushana à son apogée. Le royaume occupe essentiellement le Nord et s'étend vers le Sud le long de la vallée du Gange. L'influence de l'empire s'étendit également vers l'Asie Centrale mais les successeurs de Kanishka seront incapables de maintenir la cohésion du territoire. Au IIIe siècle il se disloquera sous les coups de boutoirs des Sassanide venus de Perse.


Au sud

La zone d'influence des tamouls est appelée Tamilakam. Celui-ci est divisé en 13 districts. À l'époque des Maurya les trois principaux dirigeants du Tamilakam sont les Pandya (à Madurai), les Chera (côte de Malabar) et les Chola (à Thanjavur). Ces trois familles étaient fréquemment en guerre les unes contre les autres mais aussi avec le Sri Lanka. D'importants échanges économiques et culturels eurent lieu et la littérature sangam connut son âge d'or. Finalement la région tomba aux mains des Kalvar venus du nord du Tamilakam. Ceux-ci furent renversés par les Chalukya et les Pallava au Ve siècle.


L'empire des Gupta

Carte de l'empire des Gupta

Carte de l'empire des Gupta

La période Gupta est considérée comme l'âge classique de l'Inde sur le plan culturel et philosophique. La dynastie est fondée par Chandragupta I en 320. On ne sait pas très bien si cette date correspond à son accession au trône ou à l'indépendance de son territoire. Toujours est-il qu'il laisse le pouvoir à son fils Samudragupta en 330. Il décide d'étendre l'empire et gagne de nombreuses batailles. Il fait de Pataliputra (aujourd'hui Patna) la capitale de son royaume. Ces conquêtes auraient peu à peu éliminé les oligarchies et les petits royaumes régionaux du centre de l'Inde et de la vallée du Gange. Chandragupta II succède à son père en 380. Même s'il remporte une campagne majeure contre les Shaka, son règne reste plus associé à ses réalisations culturelles qu'à ses talents militaires. Les premières menaces d'invasion du Nord-Ouest arriveront sous le règne de Kumara Gupta (415-455). Ce sont les Huns qui sont les plus menaçants et qui parviennent à pénétrer profondément en Inde. Skanda Gupta (455-467) parvient à maintenir la cohésion du royaume jusqu'à sa mort où de graves dissensions familiales détériorent la situation. Au milieu du VIe siècle le royaume n'a plus rien de la grandeur passée et les terres de l'Inde du nord et de l'Inde centrale sont aux mains des Huns. Cette arrivée des Huns provoque l'arrivée de tribus d'Asie Centrale qui à leur tour chassent les indiens du Nord vers le Sud. Cet important mouvement de population brise les liens commerciaux que l'Inde avait établi avec l'Asie et avec eux les importants revenus qu'ils occasionnaient.


L'âge des petits royaumes

Les nombreux royaumes héritent du territoire Gupta. Parmi les plus importants on peut citer ceux de Valabhi, de Gujarata, de Maukhari, d'Orissa. Au début du VIIe siècle Sasanka prend le contrôle d'une grande partie de la vallée du Gange où il entre en conflit avec les Maukhari et les Puspabhuti. Ces derniers sont dirigés par Harsa (606-647). Cette période est bien connue en raison des récits qu'en fit le moine bouddhiste chinois Hsuan-Tsang. Harsa s'empare de Kannauj dont il fait la capitale de son royaume. Il mène ensuite sans succès une campagne militaire contre Pulakesin II, roi des Chalukya, dans le nord du Deccan. Il a en revanche moins de difficultés à s'emparer des terres situées à l'est (Magadha, Vanga, Orissa). Harsa ne parvint jamais à bâtir un empire digne de ce nom mais il mourut avec la réputation d'un grand dirigeant.

Après la disparition de Harsa, le royaume de Kannauj connait une période de déclin. Le VIIIe siècle voit l'arrivée des premiers arabes au Sindh. Ils en perdent vite le contrôle mais en 724 ils s'établissent durablement en nommant un gouverneur représentant du calife.

Au Deccan ce sont les Chalukya qui contrôlent la plus grande partie de la région et qui dominent les autres royaumes (Nala, Ganga, Kadamba...). La dynastie Chalukya connait son apogée sous le règne de Pulakesin II (610-642). Celui-ci étend son royaume vers le sud en attaquant les Kadamba, les Alupa et les Ganga, puis vers le nord où il combat les Lata, les Malava et les Gurjara. Sa grande victoire reste celle remportée contre Harsa. Il lance également une grande offensive au sud contre les puissants Pallava. Cette lutte dura des dizaines d'années. C'est sous le règne de Pulakesin II que les parsis (pratiquants du zoroastrisme) fuyant les persécutions islamistes en Perse, trouveront refuge en Inde. Au milieu du VIIIe siècle, les Rastrakuta profitent d'un affaiblissement des Chalukya pour prendre leur place. Les Chalukya de l'Est, qui ont su éviter les conflits, parviennent à se maintenir et affrontent les Rastrakuta.

Au sud, la péninsule est également partagée en petits royaumes. Les Chera, les Chola, les Pandya et les Pallava sont les principales dynastie de l'époque. Les récits en sanskrit et en tamoul nous apprennent que les Pallava deviennent dominants au VIe siècle. La dynastie atteindra son zénith sous le règne de Mahendravarman (600-630). En guerre contre les Chalukya, il perdra les premières batailles. Il sera vengé par son successeur, Narasimhavarman I Mahamalla (630-668), lorsque celui-ci prendra la ville de Vatapi. Narasimhavarman se distingue encore en envoyant une expédition navale vers le Sri Lanka pour venir en aide au roi Manavamma. Au moment où les Rastrakuta contestent le pouvoir des Chalukya plus au nord, les Ganga et les Pandya s'allient contre les Pallava. S'ensuit une longue guerre à l'issue de laquelle, à la fin du IXe siècle, les Pallava perdent la plus grande partie de leur pouvoir.

Le IXe siècle voit l'apparition des Chola qui fut la dynastie la plus puissante de l'Inde du Sud. Le roi Vijayalaya établit la capitale de son royaume à Thanjavur. Au Xe siècle les Chola annexent ce qui reste de l'empire Pallava au nord et s'attaquent aux Pandya au sud. Parantaka (907-953) consolide le royaume en repoussant les frontières vers le nord où il se heurte aux Rastrakuta et vers le sud où il bat sévèrement les Pandya et les Ganga.

L'empire Chola connait cependant une période moins faste après la mort de Parantaka. Rajaraja (985-1014) réaffirme la suprématie des Chola en attaquant les Pandya et le Sri Lanka. Ils développent une importante flotte navale qui leur permet de conquérir les Iles Maldives, la Côte du Malabar et le Sri Lanka. Ils eurent ainsi le contrôle des voies maritimes commerciales vers l'Asie du Sud-Est et l'Arabie.

En 1014, Rajendra succède à son père jusqu'en 1044. En 1021 il lance une ambitieuse campagne militaire le long de la côte est de la péninsule jusqu'au Bengale et au Gange. En 1025 il remporte une brillante bataille navale en Asie du Sud-Est contre le royaume Srivijaya. La succession de Rajendra sera moins éclatante et le pouvoir Chola décline petit à petit au XIIe et XIIIe siècle au profit des Pandya au sud et des Hoysala à l'ouest. Les Hoysala étaient à l'origine assujettis aux Chalukya dans la région d'Halebid au Karnataka. C'est au XIIe siècle qu'ils prennent leur indépendance en consolidant leur royaume sous l'impulsion de Visnuvardhana. Ils se heurtent surtout aux Yadava au sud sous le règne de Ballala II (1173-1220) et aux Chola à l'est. Ce sont les turcs qui éroderont le royaume Hoysala au XIVe siècle jusqu'à l'établissement de l'empire Vijayanagara.

Cette période de l'histoire voit un renouveau du brahmanisme. Les temples deviennent de plus en plus importants. La structure simple du début se complexifie et la surface au sol s'étend. Ce développement architectural est accompagné d'une magnificence des peintures murales et des sculptures qui décorent les temples. Les monastères et les temples étaient de vrais centres d'apprentissage. Les mathématiciens indiens étaient très en avance sur leur époque. Le système numérique indien, qui inventa le zéro, fut d'ailleurs adopté par les arabes qui l'apportèrent en occident. Aryabhata, un grand astronome de la fin du Ve siècle, calcula pi jusqu'à la quatrième décimale et affirma que la Terre était ronde.


La guerre tripartite

Le terme de guerre tripartite désigne le conflit qui opposa dès 750 trois grandes dynasties : les Gurjara-Pratihara, les Pala et les Rastrakuta. Les Pratihara et les Pala se partageaient le nord de l'Inde et les Rastrakuta venaient de prendre le contrôle du nord du Deccan. Ils s'affrontèrent pour le contrôle de la vallée du Gange.

Vatsaraja, roi Pratihara, entre en conflit avec Dharmapala (770-810), roi Pala pour le contrôle de Kannauj. Dhruva, roi Rastrakuta entre 780 et 793, attaque ses deux voisins et se déclare vainqueur. Dharmapala reprend très vite Kannauj en raison des ennuis que les Rastrakuta connaissent au sud de leur royaume. Nagabhata II (793-833), succède à Vatsaraja et renverse la situation. Mais Kannauj retombe vite aux mains des Rastrakuta emmenés par le roi Govinda III (793-814). Le pouvoir des Pratihara dans la région est cependant restauré par Bhoja (836-885). La puissance des Pratihara ne fut plus remis en cause jusqu'au dernier héritier de la dynastie en 1027.

Les Pala gardent le contrôle de l'est de l'Inde jusqu'à leur déclin entre le IXe et le Xe siècle. Les Rastrakuta doivent faire face aux attaques venus du sud et aux rébellions internes. Ils combattent notamment les Chalukya de l'Est et les Chola. Le déclin des Rastrakuta s'amorce brutalement au Xe siècle au profit des Taila. Taila II (973-997), qui se réclamait d'ascendance Chalukya, fonde la dynastie des Derniers Chalukya. À la fin du Xe siècle ils se frottent aux Chola au sud. Ces affrontements se font plus violents sous le règne de Somesvara I (1043-1068). Les Derniers Chalukya parviennent à garder plus ou moins le contrôle de l'ouest du Deccan. Après une période de fortes instabilités, ils sont définitivement renversés sous le règne de Somesvara IV par les Yadava en 1189. Le royaume Yadava connait son apogée sous le règne de Simhana (1210-1247). Il mène des campagnes contre les Paramara et les Caulukya au nord. Les Yadava déclinèrent au XIVe siècle, étouffés par les Turcs au nord et les Hoysala au sud.


Les Rajput

Le Rajasthan et l'Inde centrale virent l'apparition de petits royaumes dirigées par les Rajput (du sanskrit rajaputra, "fils de roi"). Les Pratihara, les Paramara, les Cauhan et les Caulukya étaient les quatre principales dynasties Rajput. Au XIe siècle les Caulukya qui occupaient le Gujarat, tentent d'annexer le Rajasthan au nord. Kumarapala (1143-1172) mène la bataille et consolide son royaume tout en répandant le jaïnisme dans l'ouest de l'Inde. Les Paramara, après s'être libérés du joug des Rastrakuta, subissent les assauts des Caulukya en 1143. La dynastie perdura mais très affaiblie. Elle succombera finalement face aux Turcs en 1305. Les Cauhan dominaient la région de Jaipur. Au XIe siècle ils fondent la ville d'Ajmer et parviennent à prendre Delhi au XIIe. Le roi Prithviraj III reste dans l'histoire pour être celui qui résista à la première vague turque lors d'une célèbre bataille à Tarain en 1191. Il perdit cependant la seconde bataille de Tarain l'année suivante face à ces mêmes turcs.


Les vagues turques

Les relations économiques et politiques étaient étroites entre le Penjab, dirigé par Jayapala de la dynastie hindoue Shahiya, et l'Afghanistan. Mais en 977 un turc est nommé gouverneur de la ville afghane de Ghazni. Celui-ci mène des raids contre le Penjab que son fils Mahmud poursuit après son accession au pouvoir en 998. En 1026 il met à sac le temple de Somnath au Gujarat.

Les turcs prennent peu à peu le contrôle de l'Inde du Nord-Est autour de Lahore. Après la mort de Mahmud de Ghazni en 1030 la frontière se stabilise. Les dynasties Rajput émergent (voir ci-dessus). Mais au XIIe siècle les turcs Ghurid, chassés des régions qu'ils occupaient, pénètrent en Inde du Nord. Muhammad de Ghur s'empare du Penjab et de Lahore en 1185 puis renverse les Cauhan lors de la seconde bataille de Tarain en 1192. En 1193 Delhi tombe.

Muhammad de Ghur repart vers l'Afghanistan avec son trésor de guerre en laissant la gestion des nouveaux territoires à son général et esclave Qutb-ud-Din. Ce dernier se proclame alors sultan de Delhi et inaugure la dynastie des Mamelouk, dite des Esclaves. Chez les musulmans de l'époque, le statut d'esclave était honorable et permettait à des individus issus de familles pauvres d'obtenir des postes de confiance auprès des dirigeants.


Le sultanat de Delhi

Qutb-ud-Din prend rapidement le contrôle de Varanasi en 1194, de Kannauj en 1198 et de Kalinjar en 1202. En 1206 Muhammad de Ghur est assassiné à Lahore. En 1210 Qutb-ud-Din meurt en laissant les fondations d'un état musulman en Inde. Shams-ud-Din Iltutmish prend la succession en se débarrassant du fils de Qutb-ud-Din. C'est lui qui consolide le sultanat de Delhi en défendant les frontières de l'Ouest, en contrôlant les nobles musulmans installés en Inde et en étouffant les royaumes hindous. Lorsqu'il meurt en 1236, l'état musulman qu'il laisse est le plus puissant de ceux qui se disputent le contrôle de l'Inde du nord. Delhi affirme son indépendance vis-à-vis de Ghazni. Désignée pour lui succéder, Raziyya, la fille de Iltutmish, prend la tête du sultanat. Mais son règne sera de courte durée (4 ans). Elle est chassée du pouvoir par les nobles musulmans offusqués par l'idée qu'une femme dirige le pays. S'ensuit alors une lutte de factions qui durera une dizaine d'années.

Carte du sultanat de Delhi

Carte du sultanat de Delhi

Ce sont les esclaves de la famille d'Iltutmish (surnommés les Quarante) qui parviendront à garder la cohésion du sultanat. C'est d'ailleurs l'un d'eux, Ghiyas-ud-Din Balban, qui se hissera au plus haut du pouvoir auprès du sultan Nasir-ud-Din Mahmud (1236-1266) et qui deviendra à son tour sultan en 1266 jusqu'en 1287. Cette période fut marquée par la résurgence des dirigeants hindous Rajput et par les attaques des Mongols à l'ouest. Ayant réussi à assurer la sécurité de son sultanat Balban préféra renforcer sa domination sur les gouverneurs des provinces musulmanes plutôt que de se lancer dans des batailles longues et coûteuses contre les hindous. Cette politique de consolidation permit aux successeurs de Balban de se lancer plus sûrement dans une politique d'expansion. Les successeurs de Balban se révélèrent incapables d'éviter les conflits internes. À l'issue d'affrontements entre factions Jalal-ud-Din Firuz, de la dynastie des Khalji, prend le pouvoir en 1290. Son règne sera de courte durée puisqu'il est assassiné 6 ans plus tard par son neveu Ala-ud-Din Khalji (1296-1316). Celui-ci décide de s'attaquer à la double tâche de centraliser l'état et de procéder à son expansion. Il s'attaquera notamment aux Yadava et à leur capital Devagiri qu'il prendra d'assaut en 1296. En 1299 il annexe le Gujarat puis s'attaque au Rajasthan entre 1301 et 1312 s'ouvrant ainsi la route vers le sud. En 1307 Malik Kafur, un des lieutenants de Ala-ud-Din, asservit le royaume Yadava. En 1310 il pille le royaume Pandya et annexe définitivement Devagiri en 1313. Ala-ud-Din pratique une ouverture envers les aristocrates non-turcs et introduit des hindous dans les prises de décisions politiques.

De graves dissensions marquent la succession d'Ala-ud-Din en 1316. Malik Kafur est assassiné et c'est Qutb-ud-Din Mubarak Shah, le troisième fils du sultan, qui prend le pouvoir. Il est lui-même assassiné en 1320 par un de ses généraux, Khusraw Khan, un hindou converti. Après quatre mois à la tête du sultanat il est tué par Ghazi Malik qui monte sur le trône sous le nom de Ghiyas-ud-Din Tughluq (1320-1325) inaugurant ainsi la dynastie des Tughluq. Malgré la brièveté de son règne il s'empare du Bengale, indépendant depuis la mort de Balban. C'est en revenant de cette campagne victorieuse qu'il est tué accidentellement près de Delhi. Son fils Muhammad ibn Tughluq prend naturellement la succession (1325-1351). Ce règne marque l'apogée du sultanat mais aussi son déclin. En 1327 Muhammad ibn Tughluq réussit à annexer les trois grands royaumes hindous du sud et fait de Devagiri sa seconde capitale. Il déménage là-bas pour s'assurer du parfait contrôle de cette riche région. Mais très vite d'importants troubles se développent au Nord, à l'Ouest et au Bengale. Le sultan est forcé de revenir pour mater la rébellion. Il parvient même à repousser les Mongols qui avaient presque atteint Delhi mais il ne peut empêcher les provinces du sud de se fractionner en plusieurs états indépendants, dont celui des Vijayanagar fondé en 1336. Muhammad ibn Tughluq perd peu à peu ses possessions en Inde du sud et ne peut empêcher la fondation de l'état Bahmani au Deccan en 1347.

En 1351 son cousin Firuz Shah monte sur le trône et mène plusieurs campagnes plus ou moins couronnées de succès. Contrairement à ses prédécesseurs, Firuz Shah accorde plus d'autonomie aux nobles afin d'éviter les rébellions mais ceci eut pour effet une perte d'influence du sultan dans les décisions politiques et économiques. En 1388, à la mort de Firuz Shah, le sultanat est au bord de l'implosion. Les fils et les petits-fils de Firuz s'affrontent laissant ainsi tout le temps aux nobles musulmans et hindous d'organiser et d'affirmer leur autonomie. En 1394, n'ayant pu se départager, les partisans des deux prétendants au trône déclenchent une guerre civile qui durera trois ans. Cet affaiblissement laissera tout loisir à Timur Lang (Tamerlan), déjà en possession d'un vaste empire en Asie Centrale, de pénétrer en Inde et de s'emparer de Delhi en 1398. Il vainc l'armée du sultanat et met à sac la ville sans pitié. Au XVe siècle l'emprise sur l'Inde du nord se dilue et le pouvoir se partage entre différents états.

Le dernier Tughluq meurt en 1413. Khirz Khan fonde alors la dynastie des Sayyid. Le dernier Sayyid transmet le pouvoir en 1451 à Bahlul Lodi. En 1479 ce dernier annexe le Jaunpur voisin après sa victoire sur Mahmmud Sharqui. Bahlul Lodi règne de 1451 à 1489. Ses deux successeurs, Sikandar Lodi (1489-1517) et Ibrahim Lodi (1517-1526) tentèrent de maintenir cette politique expansionniste. Sikandar par exemple mena des campagnes contre le Bihar et fit d'Agra sa capitale en 1504 pour lui servir de tête de pont vers le Rajasthan notamment. Ibrahim Lodi fut encore plus autocratique que ses prédécesseurs. Il dut mater plusieurs rébellions afghanes et faire face aux Moghols emmenés par Babur. En 1524 ce dernier prend Lahore et défait les armées du sultan. Ibrahim Lodi est tué près de Delhi en 1526.


La dynastie des Bahmani

Cette dynastie naît d'un conflit entre certains nobles musulmans et le sultan de Delhi. Cette rébellion aboutit en 1347 à la fondation du sultanat Bahmani au Deccan par Hasan Gangu. Celui-ci monte sur le trône sous le nom de Bahman Shah et établit sa capitale à Gulbarga. Hasan Gangu passera la plus grande partie de son règne à consolider son royaume. À sa mort en 1358 c'est son fils Muhammad Shah qui prend la succession et qui décide de s'attaquer aux royaumes hindous de Vijayanagar et de Telingana. Il utilise largement l'artillerie ce qui lui permet de battre des armées bien plus importantes que la sienne. Les Vijayanagar résistent mieux que les Telingana qui doivent payer un lourd tribut après leur défaite en 1363. Muhammad Shah parvient à établir de solides fondations avant de mourir en 1375.

Son règne fut également marqué par l'arrivée massive d'immigrés venus de Perse. Ces nouveaux arrivants eurent très vite de l'influence politique et les fondateurs du sultanat Bahmani (qui se faisaient appeler les Deccanis) eurent très vite du ressentiment vis-à-vis de ces immigrés. Son fils, Mujahid est assassiné en 1378 par son cousin lui-même assassiné par les partisans de Mujahid qui font monter sur le trône un autre de ses cousins, Muhammad II. Son règne est surtout marqué par une période de paix et de développement intellectuel et artistique. Il meurt en 1397.

La succession est marquée par des conflits d'intérêts et des rivalités familiales. C'est finalement Firuz, le cousin de Muhammad II, qui monte sur le trône sous le nom de Firuz Shah Bahmani. Pour contrebalancer le pouvoir grandissant des nouveaux arrivants, il nomme des hindous à des postes importants et se marrie avec des femmes hindoues dont une princesse Vijayanagar. Il en résultera une paix entre les deux royaumes qui prendra fin dix ans plus tard avec une guerre qui verra la défaite de Firuz.

Les conséquences sont telles qu'il est obligé d'abdiquer en 1422 en faveur de son frère Ahmad qui devient le sultan Shihab-ud-Din Ahmad. Son premier acte est de déplacer la capitale du sultanat de Gulbarga à Bidar. Des conflits éclatent aux frontières nord avec les états du Malwa et du Gujarat. Allié au Khandesh, Shihab-ud-Din Ahmad mène sans succès des attaques contre eux en 1430. Ahmad désigne son fils aîné pour lui succéder. Il monte sur le trône en 1436 sous le nom d'Ahmad II. D'importants conflits entre les nobles éclatent. En 1438, les forces armées composées exclusivement de nouveaux arrivants remportent une importante victoire contre le Khandesh. Les nouveaux arrivants avaient réussi à convaincre le sultan que les Deccanis étaient les responsables des défaites contre le Gujarat en 1430. Les deux factions finirent par s'entre-tuer en 1446. Le sultan rétablit l'ordre en redonnant les postes clés à des nouveaux arrivants.

Les Bahmani continuent à connaître de gros problèmes avec les Telingana et le Malwa. Les successeurs d'Ahmad II, Humayun (de 1458 à 1461) et Ahmad III (de 1461 à 1463), s'allient avec le Gujarat contre le Malwa. Le royaume est administré de manière brillante par Mahmud Gawan. C'est à son époque que le sultanat Bahmani connaîtra son extension maximale. Lorsque Muhammad III monte sur le trône en 1463, Mahmud Gawan est nommé vizir. Il lance une série de campagnes victorieuses à l'ouest donnant ainsi le contrôle commercial de la côte occidentale aux Bahmani. Dans le même temps il renforce le pouvoir central. Il réforme l'administration des quatre provinces centrées autour des villes de Daulatabad, Mahur, Gulbarga et Bidar. Il les divise en deux afin de réduire le pouvoir des gouverneurs. Ces refontes lui attirent l'inimitié des nobles qui complotent contre lui et réussissent à convaincre Muhammad III de l'exécuter en 1481. Cette élimination provoqua une vague de mécontentement chez les nouveaux arrivants qui quittèrent la capitale à la suite de Yousouf Adil Khan, le bras droit de Mahmud Gawan. Lorsque Muhammad III meurt en 1482 le chef des conspirateurs, Malik Naib, se fait nommer régent à l'avènement de Shihab-ud-Din Mahmud mais il est assassiné en 1486 en raison de son impopularité. Le sultan recherche alors le soutien des nouveaux arrivants et fait exécuter un grand nombre de Deccanis qui avaient tenté de l'assassiner. Mais ces troubles eurent raison de la cohésion du royaume. En 1490 les provinces n'étaient quasiment plus contrôlées par le pouvoir central. Petit à petit le royaume se morcelle en cinq états : l'Ahmadnagar, le Bijapur, le Golconda, le Berar et le Bidar. Il y a toujours un sultan mais il n'a plus qu'un rôle secondaire. D'ailleurs lorsque celui-ci meurt en 1538, le pouvoir passe dans les mains d'Amir Barid, fils de l'ancien premier ministre du Bidar, Qasim Barid. Ces états réussissent à s'allier pour combattre les Vijayanagar et ils leur infligent une sévère défaite à Talikota en 1565. En 1574 l'Ahmadnagar annexe le Bidar et prend alors une position ascendante sur les autres. Mais finalement ce sont les états de Bijapur et Golconda qui s'en sortirent le mieux puisque situés le plus au sud. Les autres états eurent en effet à subir les assauts des Moghols et furent petit à petit annexer. À la fin du XVIIe siècle, le sultanat Bahmani avait définitivement cesser d'exister.


L'empire Vijayanagar

Le royaume de Vijayanagar fut fondé en 1336 par deux des frères Sangama, Harihara et Bukka. Ceux-ci avaient été capturés par le sultanat de Delhi en 1327 puis convertis à l'islam. Ils furent renvoyés dans le Deccan comme gouverneurs du Kampili. Là-bas ils se reconvertirent à l'hindouisme et proclamèrent leur indépendance.

Harihara monte sur le trône en 1336 et fait de Vijayanagar sa capitale. Pendant dix ans les Sangama étendent leur territoire. En 1344 le royaume Hoysala est vaincu par les armées de Bukka et annexé au royaume Vijayanagar. Cette progression s'arrête avec la création du sultanat Bahmani en 1347. Bukka succède à son frère en 1356 et engage une série de campagnes contre les Bahmani. Battu en 1359, il est obligé de verser un lourd tribut au sultanat.

Le royaume Vijayanagar était à l'époque divisé en provinces gouvernées par les frères Sangama ou par leurs fils. Bukka, voulant affirmer son pouvoir, fit remplacer ses neveux par ses partisans. Le fils de Bukka, Harihara II, maintient cette politique après son accession au trône en 1377 ce qui eut pour effet de faire naître des conflits d'intérêts dans les provinces. Mais il réussit cependant à étendre les frontières du royaume, à maintenir l'ordre et à contenir les Bahmani. De plus, l'accès et le contrôle des côtes orientales et occidentales donnaient aux Vijayanagar une position commerciale dominante. La mort de Harihara II en 1404 donne lieu à une lutte de succession entre ses fils. Devaraya I est finalement couronné en 1406. Il réorganise l'armée en développant la cavalerie et l'utilisation des archers. Il meurt en 1422 en laissant la succession à Ramcandra puis Vijaya. Leurs courts règnes seront notamment marqués par de sévères défaites militaires contre les Bahmani et par la perte des territoires Reddi.

En 1432 Devaraya II monte sur le trône. Il reprend les territoires perdus et mène des campagnes au sud au Sri Lanka et au Kerala. C'est sous son règne que l'empire Vijayanagar connaîtra sa plus grande extension. Le fils de Devaraya II, Mallikarjuna, prend la succession en 1446. Cette nouvelle période voit la diminution du pouvoir central et la perte de certains territoires au profit des Bahmani et de l'état d'Orissa. Cet affaiblissement est renforcé par le fait qu'à la mort de Mallikarjuna en 1465, c'est un de ses cousins, Virupaksha, qui prend le pouvoir. Cette usurpation n'est pas acceptée par les descendants de Mallikarjuna et par certains gouverneurs provinciaux. Ils se retirent au sud du royaume qu'ils gouvernent dans une semi-indépendance. Les Vijayanagar perdent le contrôle des côtes ouest après l'attaque des Bahmani emmenés par Mahmud Gawan.

En 1485 Virupaksha est assassiné par un de ses fils à son tour tué par un de ses frères. Un petit chef de clan, Saluma Narasimha, profite de la confusion pour prendre le contrôle du royaume et installer sa propre dynastie. À sa mort en 1491 il laisse les rênes du pouvoir à son premier ministre, Narasa Nayaka, après l'avoir nommé régent. Le fils aîné de Saluma Narasimha est assassiné et son frère est couronné sous le nom de Immadi Narasimha en 1492. Mais ce dernier n'a aucun contrôle sur le pouvoir. Il est quasiment emprisonné par Narasa Nayaka qui parvient à reconsolider le royaume malgré la fronde de certains gouverneurs de province.

À sa mort en 1503, c'est son fils qui prend sa suite sous le nom de Vira Narasimha. Il ordonne l'exécution d'Immadi Narasimha en 1505 et usurpe le trône en installant la dynastie Tuluva. Krishna Deva Raya succède à son frère en 1509. Il est considéré comme le plus grand roi Vijayanagar. Pour renforcer la centralisation il nomme des brahmanes et des non-nobles à d'importants postes. Il remporte des victoires militaires contre les états Bahmani et contre l'Orissa. De plus, il parvient à maintenir de bonnes relations avec les portugais qui prennent de plus en plus d'importances. Pour finir il développe la culturel et les arts.

Avant de mourir en 1529, Krishna Deva Raya désigne son demi-frère Achyuta Deva Raya pour lui succéder. Celui-ci parvient à repousser les ennemis du royaume Vijayanagar qui poursuivent leurs attaques. Après quelques années de règne il est emprisonné par son premier ministre Rama Raya avec qui il avait accepté de partager le pouvoir. Mais il est vite libéré sous la pression de ses partisans qui organisèrent des révoltes. Une courte guerre civile s'ensuit. Son règne se termine en 1542 sans que les frontières aient bougé mais les affrontements internes ont considérablement affaibli le pouvoir central.

Rama Raya parvient à prendre le contrôle effectif du pays et fait monter Sadasiva, le neveu d'Achutya, sur le trône. Cette période est marquée par diverses alliances entre Rama Raya et les dirigeants des états Bahmani. En 1548 il vient en aide à celui de l'Ahmadnagar contre le Bidar et en 1557 il s'allie au Bijapur contre le Golconda. En raison de ces défaites, l'Ahmadganar et le Golconda décident de la formation d'une alliance pour mettre fin aux Vijayanagar. En 1564 ils réussissent à réunir les cinq états Bahmani sous une même bannière. En 1565 les Bahmani écrasent les forces Vijayanagar lors de la célèbre bataille de Talikota. Les grandes villes de l'empire Vijayanagar sont mises à sac et les grands temples sont détruits. Rama Raya est emprisonné et exécuté. Son frère Tirumala parvient à s'enfuir avec le roi dans le Sud.

Le royaume n'est donc pas mort et Tirumala s'établit à Penukonda pour rebâtir l'armée. En 1570 il usurpe le pouvoir et monte sur le trône en inaugurant la dynastie Aravidu. En 1572 son fils Sriranga lui succède et poursuit la politique de reconstruction. Mais les nobles ont pris conscience que leur intérêt réside plus en la création de petits états plutôt qu'au rétablissement d'un pouvoir central. Sriranga meurt sans descendance en 1585 et laisse le trône à son frère Venkata II.

Dans les années 1580 une série de guerres permet aux Vijayanagar de récupérer certains territoires mais Venkata passera la plus grande partie de son règne à mater les rébellions, notamment celle des Nayaka de Madurai en 1601. Grâce à leurs bonnes relations avec Venkata, les portugais établissent une mission jésuite en 1607 et les hollandais reçoivent l'autorisation de bâtir un fort à Pulicat. En 1614 le neveu de Venkara, Sriranga II, monte sur le trône mais il est assassiné quatre mois plus tard avec toute sa famille par une partie des nobles. Il n'y a qu'un seul survivant, Rama Deva Raya, qui récupère le trône après une longue guerre civile en 1617.

Son règne est marqué par des luttes de factions incessantes jusqu'à sa mort en 1630. Son successeur Venkata III doit faire face au pouvoir grandissant des gouverneurs et chefs de provinces. Les états Bahmani de Bijapur et Golconda profitent de cette faiblesse. Le propre neveu de Venkata s'allie avec le Bijapur mais revient pour monter sur le trône à la mort de son oncle en 1642 sous le nom de Sriranga. En 1645 les forces combinées du Bijapur et du Golconda enfoncent les forces Vijayanagar et mettent fin à ce qui restait de l'empire. Sriranga meurt en 1672.


L'empire Moghol

Les débuts de l'empire Moghol en Inde commencent avec les conquêtes d'un descendant de Timur, Zahir-ud-Din Muhammad Babur. Venu d'Asie Centrale il s'attaque en 1504 à Kaboul et Ghazni en Afghanistan et à Samarkand en 1511. Il réalise que l'Inde pourrait servir de terreau à son empire. Entre 1519 et 1524 il fonce vers le Penjab. Victorieux il poursuit sa route vers Delhi alors contrôlé par Ibrahim Lodi. Les armées du sultanat de Delhi ne résistent pas à l'artillerie de Babur et Delhi tombe en 1526. Babur décide de s'attaquer aux Rajput qui menacent son pouvoir. En 1527 il bat les armées de Rana Sanga à Khanua. Dans le même temps il doit combattre les forces du sultan du Bengale à l'est. En 1529 il remporte la bataille de Ghagra mais ne parvient pas à affirmer son pouvoir sur cette région. Ce sera son dernier coup d'éclat. Babur meurt en décembre 1530.

Carte de l'empire moghol

Carte de l'empire moghol

Son fils Humayun lui succède. Son règne commence mal puisqu'il se heurte aux afghans de l'est emmenés par Sher Khan de la dynastie Suri. Il ne parvient pas à tenir le Malwa et le Gujarat qu'il avait pourtant conquit. Il est de nouveau battu lors de la bataille de Chausa en juin 1539. Dans la foulée il perd Agra et Kannauj. Obligé de reculer de plus en plus il s'exile en Iran en 1543 pour chercher de l'aide.

Pendant ce temps là Sher Khan, devenu Sher Shah, étend et renforce son empire. Il meurt en mai 1545 pendant le siège de Kalinjar en transmettant le pouvoir à son fils Islam Shah. Moins brillant que son père, son règne est marqué par les intrigues de court et les insurrections. Son fils Firuz monte sur le trône en 1553 mais est aussitôt assassiné par son oncle. La cohésion de l'empire Suri n'est alors plus assurée et sa partition est inévitable.

Revenu à Kaboul, Humayun profite de la situation. En décembre 1554 il franchit l'Indus, capture Lahore en février 1555 puis Delhi et Agra en juillet. Après 12 ans d'exil Humayun remonte sur le trône de Delhi. C'est là qu'il meurt en janvier 1556. Son fils Akbar est alors proclamé empereur. Le gouvernement est confié au régent Bayram Khan. Akbar s'emploie dès son accession au pouvoir à reconquérir les territoires perdus par son père. En novembre 1556 il bat les Suri à Panipat. En mars 1560 il démissionne Bayram Khan. Poursuivant sa politique de conquêtes, il conquiert le Malwa et la ville de Chunar en 1561 puis il s'attaque avec succès au Rajasthan. En 1562, afin de renforcer son alliance avec eux, il se marrie avec une princesse Rajput.

Désormais monarque au pouvoir quasi absolu, Akbar décide directement des grandes orientations politiques. Une de ces plus importantes décisions fut d'abolir en 1563 les lois discriminatives dont étaient victimes les hindous. Il comprend la nécessité de confier la défense de l'empire à toutes les représentations ethniques et religieuses. Il nomme donc des chefs de clan pour contrôler les zones frontalières. Les orthodoxes musulmans tenteront vainement de s'opposer à ces lois libérales. Akbar décide de jeter toutes ses forces dans la conquête du Rajasthan qui lui résiste toujours. Son contrôle lui assurerait la mainmise totale sur l'Inde du nord. En 1568 il pille Chittor, capitale du Mewar. Sa victoire à Ranthambor en 1569 lui permet de contrôler la plus grande partie du Rajasthan. Akbar se tourne alors vers le Gujarat et le Bengale. Le premier tombe en 1573. Pour célébrer cette victoire, Akbar fonde la ville de Fatehpur Sikri et en fait sa capitale. Le Bengale est annexé en 1576.

Au cours des années 1580 et 1590 Akbar s'assure du contrôle des frontières du nord-ouest. Il annexe le Cachemire en 1586 et le royaume Ahmadnagar en 1595. À sa mort en octobre 1605 Akbar le Grand laisse un empire puissant composé de 15 provinces qui s'étendent sur tout le nord de l'Inde.

Jahangir, fils d'Akbar, monte sur le trône. Il doit très vite mater une rébellion emmenée par son fils aîné. En 1606 le Shah Abbas I d'Iran assiège Qandahar mais les armées de Jahangir le font reculer. En 1613 le prince Khurram (futur Shah Jahan) est nommé commandant suprême des armées. Il est envoyé vers le Mewar pour en prendre le contrôle ce qui est fait en 1615 quand Rana Amar Singh reconnaît l'autorité des Moghols. En 1622 Abbas attaque de nouveau. Le prince Khurram est envoyé là-bas mais il se rebelle contre Jahangir et la forteresse de Qandahar tombe.

Khurram tente alors de s'emparer de Fatehpur Sikri mais, battu, il est obligé de s'enfuir au Deccan puis au Bengale. Tous ses plans de conquêtes échouent les uns après les autres si bien qu'il se rend en 1626. Son père le pardonne et le nomme gouverneur du Balaghat. Jahangir meurt en novembre 1627. Lorsqu'il monte sur le trône, le prince Khurram prend le nom de Shah Jahan. Pour étouffer toute contestation il fait tuer tous les prétendants potentiels. Dès le début de son règne, Shah Jahan doit faire face à des rébellions dont celle de Khan Jahan Lodi, gouverneur du Deccan, et celle de l'hindou Jujhar Singh. Ce manque de contrôle sur le Deccan oblige Shah Jahan à s'allier avec le Bijapur. Ce traité temporise l'avance des Moghols vers le sud et permet au Bijapur et au Golconda de conquérir les provinces hindoues du Sud. Les Moghols en profitent pour reconquérir Qandahar en 1638 et pour fortifier les frontières de l'Est. En 1648 Shah Jahan déplace la capitale d'Agra à Delhi. Après cette date les relations entre les Moghols et les états Bahmani du Deccan se détériorent. En 1656 ils attaquent le Bijapur et en 1657 le Golconda.

Le règne de Shah Jahan est aussi marqué par un grand développement architectural d'Agra. En 1631, après la mort de sa femme, il décide de la construction d'un mausolée. Ce sera le Taj Mahal. En 1657 Shah Jahan tombe malade. Il s'ensuit une lutte de succession entre ses fils dont Aurangzeb sort vainqueur en 1659. Il fait emprisonner son père dans le fort d'Agra où il mourra en février 1666 et se proclame empereur. Pendant plus de dix ans il contrôle totalement l'empire et ajoute des territoires. Il revient sur la politique d'ouverture de ses prédécesseurs envers les non-musulmans et prône pour un retour des valeurs islamistes fondamentales. Il interdit par exemple aux hindous de bâtir de nouveaux temples et va même jusqu'à faire détruire les lieux d'enseignement hindous. Ils augmentent considérablement les impôts pour financer ses campagnes militaires. C'est ainsi qu'au début des années 1670 de graves troubles régionaux apparaissent notamment au Penjab avec les sikhs et au Mewar avec les Rajput qui avaient reçu le soutien d'Akbar, l'un des fils d'Aurangzeb. Cette guerre prend fin prématurément en juin 1681 car Aurangzeb part à la poursuite d'Akbar qui s'est allié entre-temps aux Marathes du Deccan. En 1686 et 1687 il annexe le Bijapur et le Golconda afin d'isoler les Marathes. Il capture leur roi Sambhaji et le fait exécuter en 1689. Mais malgré tous ses efforts Aurangzeb ne parviendra jamais à éliminer la résistance Marathe. Il meurt le 20 février 1707.

Le nouvel empereur s'appelle Bahadur Shah. Dès le début de son règne il tente de reprendre le contrôle des états Rajput mais sans grand succès. Il doit aussi faire face à la menace des Marathes dans le Deccan et celle des sikhs au Penjab. Ces derniers sont emmenés par Banda Bahadur et ils prennent très vite le contrôle de la région de Delhi. De nombreux paysans se convertissent au sikhisme pour soutenir Banda dans sa lutte. Il se fait couronner et frappe de la monnaie. Bahadur Shah ne parviendra jamais à écraser le mouvement sikh. Banda ne sera capturé qu'en 1715 par le gouverneur du Penjab et exécuté avec des centaines de ses partisans à Delhi.

À la mort de Bahadur Shah en février 1712, les caisses de l'empire Moghol sont vides. Les princes royaux et les nobles les plus puissants se déchirent pour la succession. C'est finalement le prince Jahandar Shah qui monte sur le trône mais le vrai pouvoir est au main du vizir Zulfiqar Khan. Ce dernier est persuadé que la survie de l'empire passe par la réconciliation avec les Rajput et les Marathes. Il revient à une politique d'apaisement envers les hindous et tente de réformer l'économie. Mais en 1713 Farrukh-Siyar, soutenu par les frères Sayyid Abdullah Khan et Husayn Khan, renverse Jahandar Shah et Zulfiqar Khan. C'est sous son règne que la révolte sikh est définitivement étouffée.

En 1719 l'empereur est déposé par les frères Sayyid suite à des dissensions politiques. En huit mois les frères font se succéder trois princes sur le trône. Le troisième, Muhammad Shah, s'émancipe et reste à sa place lorsqu'un puissant groupe de nobles renverse les frères Sayyid en 1720. Dès lors la politique de l'état n'est plus gouvernée que par les intérêts personnels de ces nobles ce qui a pour effet de précipiter le déclin de l'empire Moghol. Les diverses provinces redéfinissent leurs liens avec le pouvoir central de Delhi. Cet affaiblissement général profite à Nadir Shah, roi d'Iran, qui envahit l'Inde en 1738. En 1739 il prend Delhi, emprisonne Muhammad Shah et massacre la population locale. Les Marathes en profitent eux aussi pour reprendre, entre autres, le Malwa. Le Penjab est occupé par les forces de Ahmad Shah Abdali, un des lieutenants de Nadir Shah. Muhammad Shah meurt en avril 1748.

En 11 ans, quatre princes lui succèdent : Ahmad Shah (1748-1754), Alamgit II (1754-1759), Shah Jahan III (1759) et Shah Alam II. Cette période est marquée par la lutte entre les Marathes et les Afghans pour le contrôle de l'Inde du nord en général et de Delhi en particulier. Le 14 janvier 1761 les forces d'Ahmad Shah Abdali battent les forces Marathes à Panipat ce qui met fin aux rêves d'expansion de ces derniers. Entre-temps les sikhs réussissent à reprendre le contrôle du Penjab. Timur Shah succède à Ahmad Shah Abdali en 1772.


Les marathes

Les marathes sont des groupes de paysans-guerriers qui forment au XVIIe et au XVIIIe siècle le seul pouvoir capable de rivaliser avec celui des Moghols. Le plus important de ces clans est celui des Bhonsles.

Carte de l'empire marathe

Carte de l'empire marathe

La première grande figure marathe est Shivaji Bhonsle dont le pouvoir émerge dans les années 1660. En 1664 il s'empare de Surat qui était alors le plus important port contrôlé par les Moghols. Shivaji signe un traité de paix avec Aurangzeb mais celui-ci le fait emprisonner en 1666 alors qu'il se trouve à Agra. Il parvient à s'échapper et reprend ses campagnes d'extension territoriales jusqu'à sa mort en 1680. Son fils Sambhaji lui succède mais il est capturé et exécuté par les Moghols en 1689. C'est son frère Rajaram qui reprend les rênes du pouvoir. Il se retranche pendant huit ans dans la forteresse de Senji assiégée par les armées Mogholes.

En 1708 Sahu succède à Rajaram. Son règne marque un tournant car il voit la montée du pouvoir des peshwas qui sont les premiers ministres brahmanes. Le premier peshwa d'importance est Balaji Visvanath. Il est à l'origine du renouveau du pouvoir marathe. Lui et son successeur, Baji Rao, bureaucratisent l'état marathe et prennent modèle sur les Moghols.

Les marathes développent un réseau efficace de commerce et de finances. Ils accroissent également leur influence sur les mers à tel point qu'ils menacent les colonies européennes.

La lignée des Bhonsle se scinde. La principale branche reste au cœur du Deccan à Satara alors que les deux autres partent pour Kolhapur et Nagpur. La branche Kolhapur, qui avait refusé de reconnaître l'autorité de Sahu, négocie avec les Moghols. Ils s'allieront plus tard avec les anglais lors des guerres anglo-marathes. La branche Nagpur, dirigée par Raghuji Bhonsle et restée fidèle à l'autorité de Satara envahit le Bengale en 1742 et le Bihar dans les années 1750.

D'autres clans se trouvent sous l'autorité de Satara. Les plus importants sont les Gaikwad, les Sindhia et les Holkar. Les Gaikwad, également sous l'autorité de la lignée Dabhade, profitent des dissensions entre les peshwas et les Dabhade pour consolider leur position, surtout après la mort de Sahu. Ils négocient avec les peshwas et obtiennent un territoire au Gujarat avec Baroda comme capitale. Ils s'allieront plus tard avec la Compagnie des Indes Orientales anglaise.

Les Holkar émergent dans les années 1730 et c'est sous Ahalya Bai qu'ils connaîtront leur apogée en contrôlant les grandes routes commerciales. Les Sindhia consolident leur pouvoir sous Mahadaji Sindhia après la bataille de Panipat en 1761. Il intervient à la cour Moghol de Shah Alam II et étend son influence sur une grande partie de l'Inde du nord. Mais ce rayonnement gêne à la fois la Compagnie des Indes et les peshwas. Daulat Rao Sindhai, le successeur de Mahadaji, sera battu par les anglais en 1803 et devra rendre ses territoires.


L'expansion européenne en Inde

Lorsqu'il débarque à Calicut en 1498 le navigateur portugais Vasco de Gama rétablit de façon solide les liens entre l'Europe et l'Inde. Ce sont ses successeurs Francisco de Almeida et Alfonso de Albuquerque qui bâtissent les fondations de l'empire portugais en Inde. Ils font construire des forts et prennent Goa en 1510, Malacca en Asie du Sud-Est en 1511 et Ormuz en 1515. Ces conquêtes ont pour but de contrôler le trafic commercial sur l'Océan Indien.

Cette domination portugaise prend fin en 1580 lorsque le Portugal est annexé à l'Espagne. La flotte militaire espagnole (l'Invinsible Armada) est elle-même vaincue en 1588 ce qui ouvre la route des Indes à l'Angleterre et à la Hollande. Les hollandais arrivent les premiers en 1595. Leur seul objectif était d'établir une route commerciale rentable, notamment en traitant les épices. Ils se dirigèrent d'abord vers l'Indonésie puis seulement après vers l'Inde. Les hollandais avaient une vision monopolistique du commerce des épices ce qui nécessitait l'élimination des rivaux. Ils se débarrassèrent d'abord des portugais qui avaient retrouvé leur indépendance puis des anglais qu'ils exclurent d'Indonésie après la destruction des usines d'Amboyna en 1623. Les hollandais peuvent alors créer alors la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales pour organiser le commerce.

Les destinées commerciales des anglais sont dès le début confiées à la seule Compagnie des Indes Orientales en 1600. Elle était constituée d'un puissant groupe de marchants attirés par les promesses de richesse.

Comme sa concurrente hollandaise, le principal objectif de la Compagnie des Indes est les épices d'Indonésie et dans un second lieu celles de l'Inde. Les anglais et les hollandais s'affrontent donc dès le départ. En 1623 les hollandais détruisent les usines anglaises d'Amboyna et massacrent les occupants.

En Inde, les anglais avaient établi une ambassade auprès de la cour de l'empereur Moghol Jahangir mais se heurtaient à la puissance maritime portugaise.

En 1612 la victoire britannique de Swally Hole contre les portugais modifie la donne. Sir Thomas Roe signe un accord avec les Moghols. Celui-ci permet aux anglais de construire des places fortifiées pour assurer la sécurité de leurs navires marchants en échange d'une aide militaire navale. Grâce à ce traité, et après le massacre d'Amboyna, les anglais décident de porter tous leurs efforts de conquête sur l'Inde.

Contrairement aux hollandais qui jouent sur la rareté de leurs produits de luxe, les anglais jouent sur le volume des marchandises pour accroître leurs profits. La compagnie anglaise devient vite plus rentable que sa concurrente hollandaise puisqu'elle n'emploie qu'un nombre limitées de forces armées pour contrôler une zone plus réduite.

La Compagnie connaît en revanche des difficultés en Angleterre. Le roi Charles I soutient une compagnie rivale et Oliver Cromwell met fin au monopole jusqu'en 1657. En 1698, après leur accession au pouvoir, les Whig créent une nouvelle compagnie mais elle ne parviendra jamais à s'imposer face à l'ancienne. En 1702 le gouvernement décide leur fusion.

En Inde la Compagnie connaît un important revers en 1690 après s'être attaqué à l'empereur Moghol Aurangzeb. La même année Job Charnock fonde Calcutta. La Compagnie fortifie ses plus importantes places. À la fin du XVIIe siècle, le pouvoir anglais se concentre sur Madras, Calcutta et Bombay.

La France constitue la troisième force commerciale d'importance en Inde. Ses premières tentatives d'installation sont ralenties par les portugais. La première compagnie digne de ce nom est créée par Colbert sous Louis XIV en 1664. En 1674 Pondichéry, dans le Sud de l'Inde, leur est cédé par un raja local. Ils obtiennent de la même manière Chandernagor au Nord de Calcutta en 1692. Au départ la compagnie mêle ambition politique et intérêts commerciaux. C'est sous l'impulsion de François Martin que le commerce prendra vraiment son essor à partir de 1774.

En 1693 les hollandais prennent Pondichéry qu'ils rendront au français quatre ans plus tard après le traité de Ryswick. Le développement commercial a toutefois été stoppé et la compagnie est quasiment démantelée. En 1720 elle est rebâtie et de nouveaux comptoirs sont ouverts (Mahé en 1722, Karikal en 1725 et Yanaon en 1739).


Les luttes franco-anglaises

Alors que les choses semblent calmes en Inde, la guerre fait rage en Europe. Il ne faut pas longtemps avant que la lutte franco-anglaise se cristallise en Inde. Les anglais décident de casser les liens commerciaux entre la France et l'Asie. En 1741 Joseph-François Dupleix est nommé gouverneur. En septembre 1746, le Comte de La Bourdonnais capture Madras et l'amiral anglais Boscawen est battu à Pondichéry en 1748. Les deux belligérants signent alors un traité de paix à Aix-la-Chapelle. Les français rendent Madras en échange de territoires en Amérique du Nord.

Dupleix exploite les troubles politiques dans le Deccan pour tenter de ruiner le commerce anglais en Inde du sud en établissant une sorte de protectorat.

Mais cette ingérence agace les actionnaires de la compagnie française et en 1754 Dupleix est rappelé en France, remplacé par Charles Godeheu. Ce dernier a pour mission de signer des traités avec les anglais. Il leur redonne ainsi Madras. Mais en 1756 la guerre de Sept Ans éclate en Europe. Le général Lally, Baron de Tollendal, est envoyé en Inde. Après une série de victoires en 1758, il se heurte aux forces de Robert Clive qui ont repris Chandernagor aux français et Calcutta au nawab du Bengale lors de la bataille de Plassey. Lally-Tollendal est battu à Wandiwash en janvier 1760 et il capitule à Pondichéry après huit mois de siège en janvier 1761. La menace français sur les intérêts britanniques est définitivement écartée.


L'expansion anglaise

Le 20 juin 1756 le nawab du Bengale, Siraj-ud-Daulah, attaque Calcutta et s'en empare après quatre jours de siège. Les forces de Robert Clive stationnées au Deccan sont envoyées là-bas et reprennent la ville le 2 janvier 1757. Clive, qui aurait dû repartir à Madras combattre les français, décide de rester à Calcutta. Il signe un traité avec Siraj-ud-Daulah et prend Chandernagor aux français.

Carte de l'expansion anglaise

Carte de l'expansion anglaise

Le 23 juin 1757 il rompt avec Siraj et déclenche la bataille de Plassey au cours de laquelle Siraj est battu. Ce dernier est arrêté, exécuté et remplacé par Mir Jafar, soutenu par Clive.

En 1759 il affronte le prétendant au trône Moghol (le futur Shah Alam II) à Patna. Il repousse également les hollandais qui ne parviendront plus à s'imposer dans la région. Au faîte de sa gloire, Clive quitte Calcutta pour l'Angleterre le 25 février 1760. Cette mainmise anglaise sur une région riche donne soudainement beaucoup de pouvoir aux marchants anglais. Il s'instaure alors une lutte d'influence entre la Compagnie et le nawab. Mir Jafar est renversé par Mir Qasim qui réaffirme son autorité. Mais les deux parties manquent d'argent. Le nawab ne perçoit plus les impôts fonciers et la Compagnie ne perçoit plus de subventions. L'affrontement est inévitable et intervient en 1763. Après quelques batailles, Mir Qasim s'enfuit à Avadh. Il revient l'année suivante avec l'empereur Moghol Shah Alam II mais il est définitivement battu à Buxar. Les britanniques contrôlent désormais la totalité du Bengale.

À Londres, Clive prend le contrôle de la Compagnie et se fait nommer gouverneur. Il revient en Inde en mai 1765. La situation politique est confuse. L'empereur Moghol est à la botte des anglais et Mir Jafar a été restauré. Dès son arrivée Clive décide de donner au Bengale un statut à part entière. L'influence de l'empereur Moghol Shah Alam est encore importante même si son pouvoir effectif est réduit à sa portion congrue. Clive ne tient donc pas à l'éliminer complètement. Il négocie et obtient la perception des impôts au Bengale et au Bihar. Il confie cette tâche à un percepteur général, Muhammad Rida Khan. Le nawab conserve le pouvoir judiciaire mais est désormais totalement dépendant de la Compagnie. Le Bengale est donc dirigé par les britannique qui agissent au nom de l'empereur en utilisant du personnel indien. Mais on ne peut pas encore parler de colonie. L'administration est Moghol, les lois appliquées sur le pays sont celles du code islamique, la langue utilisée par les fonctionnaires est le perse.

Clive renforce son pouvoir au sein de la Compagnie. Il créé une Société de Commerce qui détient notamment le monopole du sel.

Robert Clive quitte Calcutta en février 1767. L'enrichissement des marchants anglais qui vivent en Inde atteint des sommets. Ils font presque tous du commerce pour leur propre compte et minent l'économie du Bengale. Ils disposent d'énormes moyens pour faire pression sur leurs rivaux indiens et s'arrangent avec l'administration pour monopoliser le commerce de certains produits.

En 1772 Warren Hastings est nommé gouverneur. Il met très vite en place des réformes. La Compagnie prend la responsabilité de la perception des impôts et les percepteurs indiens sont remplacés par des britanniques. Il met aussi en place un réseau de tribunaux pour remplacer ceux du nawab. La loi reste la loi islamiste mais elle est désormais administrée par des anglais pour le moins incompétents en la matière. Dans la pratique ce sont souvent les assesseurs des juges anglais qui rendent les décisions.

En 1773 le parlement britannique vote le Regulating Act qui fait de Hastings le gouverneur général de Fort William au Bengale et le superintendant de Madras et Bombay. Son mandat est passe de un à quatre ans. Il prévoit aussi la création d'une cour suprême devant gérer les problèmes judiciaires des anglais vivant en Inde et la création d'un conseil dirigé par Hastings et quatre personnes nommées par décret. Hastings ne dispose d'aucun droit de veto sur le conseil et il sera souvent mis en minorité. La lutte entre le gouverneur général et le conseil durera des années.

En même temps que le Regulating Act, le gouvernement vote un prêt de 1,4 million de livres à la compagnie.

En 1784 le parlementaire William Pitt fait voter une loi réformant les privilèges de la Compagnie des Indes. Les directeurs restent en charge du commerce mais les décisions politiques sont désormais prises par un Conseil de Contrôle dont le président devient en quelque sorte le premier ministre de l'Inde. Le gouverneur général peut être révoqué par la Couronne et la Compagnie doit faire l'objet d'un audit tout les 20 ans à partir de 1793. Le gouvernement profitera d'ailleurs de ces audits pour réduire à chaque fois un peu plus le pouvoir de la Compagnie.


Les relations avec Mysore et les Marathes

Lorsque Warren Hastings est nommé gouverneur en 1772 les britanniques et l'état de Mysore dirigé par Hyder Ali se sont déjà affrontés. Hastings doit aussi faire face aux Marathes et à leurs revendications.

En 1780 la deuxième guerre avec Mysore est déclarée. Hyder Ali et les Marathes, réunis par leurs intérêts communs, prennent Madras à la Compagnie des Indes et contrôlent le Karnataka. Hastings envoie des troupes et en 1781 l'équilibre militaire est restauré. Hyder Ali meurt en 1782. Son fils Tipu Sultan signe le traité de Mangalore qui met fin à la guerre et rétablit le status quo.

En théorie la loi Pitt de 1784 interdit à la Compagnie de s'engager dans des confrontations avec les états voisins. Elle ne peut cependant éviter la troisième guerre de Mysore en 1790. Tipu Sultan perdit la moitié de son territoire à la suite de cet affrontement. En 1792 les anglais réalisent que seul un contrôle total de l'Inde permettrait d'éviter ces guerres et d'assurer la sécurité du commerce. Ce sentiment est renforcé par la menace des français qui soutiennent les rois et les princes locaux.

En 1798 Lord Wellesley est nommé gouverneur général avec pour mission d'étendre la domination britannique. Dès son arrivée il s'attaque à Tipu Sultan et déclenche la quatrième guerre de Mysore. Les armées anglaises prennent Srirangapatnam, la capitale de l'état de Mysore. Tipu Sultan est tué au cours de l'affrontement. Mysore est partagé entre la Compagnie et un prince hindou que Wellesley fait monter sur le trône.

Le gouverneur général se tourne ensuite vers l'état d'Avadh dans le nord de l'Inde. La mort de son dirigeant, Asaf-ud-Daulah, en 1797, avait déclenché une guerre de succession. De plus les Afghans menaçaient d'envahir le Penjab voisin. Wellesley négocie donc avec le nouveau nawab d'Avadh pour que celui-ci permette aux troupes anglaises de se positionner sur son territoire pour le protéger en échange d'une contribution financière. Mais lorsqu'il veut abdiquer en faveur de son fils et que les anglais refusent, il dénonce le traité. Mais il est trop tard. Wellesley annexe la moitié de l'état en 1801.

Les Marathes constituent alors le dernier bastion de résistance à l'extension anglaise. En 1800 des dissensions liées à des problèmes de succession surgissent et affaiblissent le pouvoir Marathe. Wellesley profite alors de l'occasion qui lui est offerte. Il signe le traité de Bassein le 31 décembre 1802 avec une des parties en présence ce qui lui permet de stationner des troupes à Pune. Cette action provoque la deuxième guerre Marathe que les britanniques finissent par gagner difficilement en 1805. Lord Wellesley est pourtant rappelé et remplacé par Lord Minto.


La domination anglaise

Lord Minto renforce les frontières du nord-ouest car la menace russe se fait pressante. Des missions diplomatiques sont envoyées en Afghanistan, en Perse et au Penjab. Seul ce dernier état, dirigé par les Sikhs de Ranjit Singh, négocie avec les anglais. Le traité d'Amritsar est signé en 1809.

Carte de la domination anglaise de l'Inde

Carte de la domination anglaise de l'Inde

Lord Hastings est nommé gouverneur général en 1813. Il affronte les Gurkha du Népal qui avaient plusieurs repoussés les armées du Bengale. Les deux parties signent le traité de Katmandou en 1816. En échange de l'indépendance du Népal, les britanniques ont accès aux montagnes et font de Shimla leur capitale d'été.

En 1813, à l'occasion de l'audit et de la reconduction de sa concession, la Compagnie des Indes Orientales perd son monopole commercial et l'Inde est déclarée territoire britannique. 1818 marque un tournant important dans l'histoire de l'Inde. Pour la première fois la Grande-Bretagne domine la quasi totalité de l'Inde.

Cette domination rendit urgent l'organisation d'une politique indienne cohérente que seul le Bengale disposait. À l'initiative de William Pitt, Lord Cornwallis avait réorganisé l'administration du Bengale notamment en l'anglicisant, en augmentant les salaires et en réduisant la corruption. Sa plus importante réforme avait concerné la perception des impôts.

Ce modèle bengale servit d'abord de référence pour les autres régions mais il subit des modifications au fur et à mesure. Dans le sud, Sir Thomas Munro utilisa le modèle de gouvernement mais modifia profondément celui des impôts. Dans l'Ouest, Mountstuart Elphinstone dut réconcilier les Marathes avec l'administration anglaise. C'est pourquoi il permit aux nobles de garder leurs terres et certains de leurs privilèges. Dans le nord, Sir Charles Metcalfe essaya de conserver au maximum l'autonomie des villages.

L'administration restait donc largement influencé par le modèle indien même si elle était totalement cadenassée par les britanniques. Le gouverneur général avait remplacé l'empereur mais la Compagnie avait pris soin de conserver les fastes qui l'entouraient.

En Angleterre le débat faisait rage entre ceux qui voulait que l'Inde soit considérée comme une région d'exploitation commerciale gérée par la Compagnie des Indes, ceux qui demandaient que le gouvernement en Inde soit responsable des colons et des colonisés et ceux qui tentaient de faire valoir les droits de l'homme à la française.

Le véritable réformateur de l'Inde reste Lord Bentinck. Il introduit des réformes administratives réalistes mais en respectant les traditions locales. Il fait de l'anglais la langue administrative et judiciaire. Il est aussi chargé d'équilibrer les comptes de la Compagnie en Inde en vue de l'audit de 1833. D'un point de vue social Bentinck confirme l'interdiction du sati (immolation rituel des veuves hindoues) et combat férocement les thugs, bandes criminelles organisées qui tuent et volent au nom de la déesse Kali.

L'Inde passe d'un état héréditaire sous influence Moghole à un état colonisé sous influence occidentale.


La première guerre afghane

L'Inde britannique était bordée au nord-ouest par le royaume Sikh de Ranjit Singh qui avait annexé le Cachemire en 1819. Au-delà des frontières de l'état Sikh se trouvait l'Afghanistan dont la situation politique changea soudainement dans les années 1830. Les britanniques jusqu'alors neutres commencèrent à s'y intéresser en raison de l'avancée des armées russes en Asie Centrale. Les anglais considéraient que l'Afghanistan pouvait servir de tête de pont à une puissance ennemie et menacer ainsi leur suprématie en Inde.

En 1836 Lord Auckland est nommé gouverneur-général. Il est chargé de devancer les russes en Afghanistan. Son but est de placer sur le trône Shah Shoja le roi afghan en exil. En 1839 les anglais occupent Kaboul mais la restauration de Shah Shoja s'avère problématique en raison de son impopularité. Les britanniques décident donc d'utiliser la force et s'imposent comme force d'occupation. En 1841 une révolte renverse la garnison anglaise. La menace russe s'étant atténuée, le nouveau gouverneur, Lord Ellenborough, décide d'évacuer Kaboul.

Cette guerre eut pour effet de provoquer la colère des chefs de clan qui contrôlaient l'état du Sindh. Les armées d'Auckland, pour contourner le Penjab tenu par les Sikhs, avaient en effet traversé le Sindh au mépris d'un traité signé sept ans plus tôt. En 1843, après avoir vaincu la résistance, les britanniques annexent le Sindh.


L'annexion du Penjab

Le Penjab, contrôlé par les Sikhs, atteint son apogée sous Ranjit Singh. Après avoir étendu son territoire vers le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, il signe le traité d'Amritsar avec les anglais en 1809 et arrête sa progression vers le sud-est. Ranjit Singh dispose alors d'une puissante armée bien entraînée.

En 1839 Ranjit Singh décède. Pendant six ans, le royaume tombe en récession. En décembre 1845, les dirigeants décident de franchir la frontière et déclarent la première guerre anglo-sikh. Des combats intenses et sanglants s'ensuivent et débouchent sur la victoire des anglais en février 1846. Les deux parties signent le traité de Lahore qui accorde la cession du Cachemire à l'Angleterre qui le revendra au roi hindou Gulab Singh. La Grande-Bretagne renonce cependant à annexer le Penjab afin de ne pas provoquer les Sikhs encore très nombreux. Mais en 1848 une révolte éclate et débouche sur la deuxième guerre anglo-sikh, encore plus sanglante que la première. En mars 1849, les anglais écrasent la révolte sikh et annexent définitivement le Penjab.


L'occidentalisation de l'Inde

Lord Dalhousie est nommé gouverneur-général en 1848. Convaincu de la supériorité de la culture occidentale sur la culturel indienne, il promeut l'éducation anglaise et impose autant que possible l'administration anglaise. Il pratique la édoctrine de l'interruptioné qui concernait les états hindous dont les dirigeants n'avaient pas d'héritiers. Dans de tel cas, la loi hindoue permettait de désigner un nouveau roi par adoption mais Dalhousie décide qu'un tel choix devra désormais être approuvé par le gouvernement britannique. Ce dernier a donc le pouvoir d'interrompre la succession à la tête d'un état et donc de l'annexer purement et simplement. C'est ce qui se passera au Satara en 1848, au Jhansi en 1853 et au Nagpur en 1854.


La révolte des cipayes

Le 10 mai 1857, à Meerut, les soldats indiens de l'armée du Bengale (les cipayes) décident de libérer leurs camarades emprisonnés après avoir refusé d'utiliser les nouvelles cartouches. Ces dernières étaient enduites de graisse de porc et de bovin ce qui était évidemment inacceptable pour les soldats musulmans ou hindous.

Cette révolte éclate au moment de l'occidentalisation à outrance de l'Inde. Les britanniques étaient de plus en plus hostile aux traditions locales et le fossé entre les officiers anglais et les cipayes ne cessait de se creuser.

Les mutins tuent les officiers anglais et se dirigent vers Delhi à 65 km de là où aucun soldat anglais n'est stationné. La garnison indienne de Delhi se joint au mouvement et la ville tombe aux mains des mutins. Ils mettent à leur tête l'empereur Moghol Bahadur Shah II.

La mutinerie s'étend à Kanpur puis à Lucknow. Mais le manque d'organisation et les distensions empêchent les mutins d'être véritablement efficaces. Le 20 Septembre 1857 les anglais reprennent Delhi après la reddition de l'empereur Moghol. Le 1er Mars 1858, Sir Colin Campbell capture Lucknow et Sir Hugh Rose reprend le contrôle du Gwalior le 20 juin. Cette dernière bataille met fin à la Grande Mutinerie.

La répression est sanglante et impitoyable. Des milliers d'habitants de Delhi sont tués sans autre forme de procès. L'ordre est restauré par le premier Vice-Roi des Indes, Charles Canning, nommé en 1858. L'armée est évidemment complètement réorganisée. Alors qu'on comptait 1 soldat anglais pour 5 soldats indiens avant la mutinerie, le ratio est ramené à 1 pour 2. Des bataillons anglais sont stationnés dans toutes les grandes villes.


L'implantation du raj britannique

Le 2 Août 1858 le Parlement anglais vote le Government of India Act qui transmet le pouvoir de la Compagnie des Indes à la Couronne britannique. Le contrôle du gouvernement en Inde est confié au Vice-Roi et les fonctionnaires sont regroupés sous l'administration de l'Indian Civil Service (ICS).

Lord Canning annonce que les rois et les princes des états indiens sont libres de choisir leur héritier s'ils acceptent de prêter serment d'allégeance à la Couronne britannique. Un tiers du territoire est ainsi administré par des vassaux. La nouvelle politique mise en place prône la non-intervention en matière religieuse afin d'éviter tous risques de mutinerie.

Les britanniques qui vivent et travaillent en Inde s'isolent petit à petit dans leurs cantonnements et dans leurs clubs privés, évitant le plus possible d'entrer en contact avec la population indigène.

La Grande Mutinerie a coûté cher à l'Inde et le gouvernement indien doit faire rentrer de l'argent dans les caisses. La principale source de revenus est celle du travail de la terre, vient ensuite celle du trafic de l'opium puis celle générée par la taxe du sel.

Les britanniques développent l'économie en étendant le réseau ferroviaire. Des 300 kilomètres de voies ferrées en 1858, on passe à 8000 en 1869 et à 56000 en 1914. Ce gigantesque réseau permet l'acheminement rapide des produits et des matières premières vers les ports où les marchandises sont exportées vers l'Angleterre. Mais cette politique économique a pour effet de détruire l'artisanat et l'industrie indigène.

Les mines de charbon du Bihar et de l'Orissa commencent à être intensivement exploités afin d'alimenter les foyers des locomotives. La production passe ainsi de 50000 tonnes en 1868 à plus de 20 millions en 1920.

Les principales plantations sont celles de thé et de café. En 1871, les 300 plantations de thé recensées s'étendent sur 12000 hectares et la production dépasse bientôt celle de Chine. En 1877 la reine Victoria devient impératrice des Indes.


La seconde guerre afghane

Lord Lytton, le Vice-Roi de l'époque, est chargé par le Premier Ministre Benjamin Disraeli de mener une politique interventionniste en Afghanistan. L'Angleterre est en effet inquiète par l'avance des russes en Asie Centrale. Dès son arrivée à Calcutta, Lytton envoie une mission en Afghanistan mais Shir Ali, dirigeant du pays, refuse de la laisser entrer sur son territoire. Pourtant Shir Ali reçoit le général russe Stolyetov à Kaboul en 1878. C'en est trop pour Lytton qui lance une offensive sur l'Afghanistan le 21 novembre 1878. Shir Ali s'enfuit et s'installe en exil. Très vite l'armée britannique occupe Kaboul et signe un traité avec Yaqub Kahn le fils de Shir Ali le 26 mai 1879.

En échange de la protection de l'armée britannique, Yaqub Khan accepte que l'ambassadeur anglais gère les relations étrangères. Mais ce dernier, Sir Louis Cavagnari, est assassiné le 3 septembre 1879. En représailles, les britanniques déposent Yaqub Khan et laissent le trône vacant jusqu'en juillet 1880.

En 1893 Lord Lansdowne, Vice-Roi entre 1888 et 1894, envoie une mission diplomatique à Kaboul afin d'engager des négociations sur la délimitation des frontières indo-afghanes. La ligne de démarcation est tracée en 1896 et fait entrer certaines tribus sur le territoire britannique.


L'annexion de la Birmanie

En 1852 la seconde guerre anglo-birmane avait laissé le royaume d'Ava, en Birmanie, indépendant du pouvoir anglais. Les relations entre le roi Mindon et les marchands anglais sont cordiales. Mais en 1879, Thibaw, fils de Mindon, monte sur le trône et refuse de renouveler le traité liant son royaume et l'Angleterre et se tourne vers la France avec laquelle il signe un traité en janvier 1885.

Lord Dufferin, Vice-Roi entre 1884 et 1888, décide d'envoyer 10000 hommes de troupe en Birmanie en novembre 1885 et déclenche la troisième guerre anglo-birmane. Rapide et peu coûteuse en vies humaines le conflit se termine par l'annexion du royaume d'Ava le 1er janvier 1886.


L'émergence du mouvement nationaliste indien

Les premiers mouvements nationalistes apparaissent en réponse à la consolidation du pouvoir britannique et à l'influence de plus en plus grande de la culture occidentale en Inde.

Les indiens éduqués qui avaient un poste au sein de l'Indian Civil Service étaient plutôt rares. L'un d'eux, Surendranath Banerjea, est renvoyé en raison de ses activités nationalistes. Il fonde un journal, une association et convoque la première conférence nationale indienne en 1883 à Calcutta. D'autres associations, avec à leur tête des gens comme Mahadev Ranade, Krishna Gokhale, Gangadhar Tilak, apparaissent à la même époque dans d'autres provinces.

Tilak est le leader des mouvements révolutionnaires. Il se tourne vers un hindouisme orthodoxe et y cherche son inspiration. L'obsession de Tilak est de restaurer le swaraj, c'est-à-dire l'autonomie du pays.

En 1885 deux courants nationalistes se détachent : l'Indian National Congress (Congrès National Indien) et le mouvement musulman. La première réunion du Congrès est organisée par un ancien fonctionnaire anglais de l'ICS, Allan Hume, à Bombay le 28 décembre 1885. Elle rassemble 73 représentants des provinces indiennes. Près des trois-quarts sont des brahmanes hindous parlant anglais. Un cahier de doléances est adressé au pouvoir anglais demandant des réformes politiques et économiques. Dadabhai Naoroji, trois fois président du Congrès, estime que la pauvreté du peuple indien est due à l'exploitation britannique de l'Inde qu'il considère comme du pillage.

Les britanniques ignorent cependant totalement le Congrès et ses réclamations. Ils considèrent ces mouvements comme ceux d'une infime minorité d'extrémistes. Le Congrès devient pourtant de plus en plus influent et voit le nombre de ses délégués augmenter chaque année (1248 en 1888).


La première partition du Bengale

Au début du XXe siècle les britanniques ont de plus en plus de mal à administrer le Bengale en raison de sa taille et du nombre d'habitants. En 1905 le Vice-Roi Lord Curzon décide de couper le Bengale en deux en créant une zone hindoue à l'ouest et une zone musulmane à l'est avec Dacca comme capitale. Le Congrès condamne cette partition et soutient les bengalis qui considèrent cette séparation comme un crime contre leur mère-patrie. Ces derniers décident de boycotter les produits anglais et ne portent plus que des vêtements traditionnels fabriqués en Inde. Ce mouvement de protestation a d'ailleurs pour effet de relancer l'économie locale.

Alors que le Congrès appelle au swaraj, la Ligue Musulmane est créée en 1906 à Dacca. Les musulmans soutiennent la partition du Bengale et condamne le boycott.

1906 marque la victoire du Parti Libéral en Angleterre. John Morley, secrétaire d'état pour l'Inde, engage une série de réforme. Prônant l'égalité raciale, il nomme à ses côtés un conseiller musulman et un conseiller hindou. Il réussit à placer un indien au Conseil Exécutif du Vice-Roi et fait voter l'Indian Councils Act en 1909 qui permet l'élection de représentants indiens dans les conseils de province. En 1910, 135 indiens sont ainsi élus.

Mais en Inde, le Vice-Roi Lord Minto, fait tout pour empêcher ou ralentir l'application des réformes. Les représentants indiens sont tout de même autorisés à débattre lors des votes.

En 1907 la réunion annuelle du Congrès est marquée par des dissensions entre les libéraux et les révolutionnaires. Les partisans de Tilak militent pour une poursuite du boycott alors que les modérés craignent une escalade de la violence. Le Congrès se scindent en deux. Il ne retrouvera sa cohésion que neuf ans plus tard.

Le terrorisme bengali atteint son apogée entre 1908 et 1910. La période est marquée par l'emprisonnement de Tilak entre 1908 et 1914.

En 1910 Morley désigne le libéral Lord Hardinge comme nouveau Vice-Roi. À sa prise de fonctions, Hardinge propose de réunifier le Bengale. Le 12 décembre 1912, lors d'un voyage en Inde, le Roi George V, révoque la partition du Bengale, annonce la création d'une nouvelle province et décide de déplacer la capitale de l'Inde britannique de Calcutta à Delhi. Ces décisions provoquent la fureur des musulmans. Lord Hardinge échappe de justesse à un attentat en 1912. Il doit maintenant faire face à la fois aux mouvements terroristes hindous et musulmans.


Le première guerre mondiale et ses conséquences

En Août 1914, Lord Hardinge annonce l'entrée en guerre de l'Inde. Les princes, les leaders du Congrès, de Tilak à Gandhi, soutiennent le Vice-Roi. Seuls les musulmans, attachés au calife ottoman allié des allemands, hésitent sur la conduite à tenir.

Plus d'un million d'hommes de troupe indiens combattants et non combattant sont envoyés au front.

Les indépendantistes indiens espèrent que ce soutien sera récompensé à la fin de la guerre. Trois divisions sont envoyées sur le front en France. Les soldats indiens y gagnent le respect des officiers anglais mais au prix de très lourdes pertes.

Edwin Montagu, le secrétaire d'état pour l'Inde, annonce le 20 Août 1917 l'ouverture de l'administration aux indiens en vue d'une plus large implication des indiens dans le gouvernement. Ses discussions avec le Vice-Roi Chelmsford déboucheront sur le Rapport Montagu-Chelmsford qui servira de base au Government of India Act de 1919. Mais le retour en Inde est cependant douloureux. Les anglais se comportent comme si rien ne s'était passé et les indiens sont de nouveau traités comme des indigènes.

La guerre n'a de plus pas fait cesser les activités terroristes. Les sikhs se sont engagés dans une lutte révolutionnaire après le retour de centaines de sikhs partis au Canada pour immigrer et refoulés en raison de leur origine. Les musulmans, eux, se sont tournés vers l'Afghanistan et ont appelé à la guerre sainte contre les britanniques. La mort de Gokhale en 1915 affaibli la ligne modérée du Congrès et permet le retour de Tilak sur le devant de la scène. En 1916 le Congrès et la Ligue Musulmane signent un programme commun mais cette alliance ne résiste une année aux tensions et aux désaccords.

Début 1919, les mesures d'urgence prises en Inde pendant la guerre sont prolongées malgré l'opposition des leaders indiens. Gandhi appelle à la désobéissance. Il est suivi par les leaders nationalistes penjabi qui sont arrêtés le 10 avril à Amritsar. Leurs partisans, lors d'une marche de protestation, sont pris sous le feu des armes anglais et périssent en nombre. Le général Dyer est envoyé pour rétablir l'ordre.

Le 13 avril, 10000 hommes, femmes et enfants se rassemblent au Jallianwala Bagh malgré l'interdiction. Dyer fait placer ses hommes de manière à bloquer les manifestants puis donne l'ordre de tirer. Pendant 15 minutes, les soldats anglais mitraillent la foule, tuant plusieurs centaines de personnes et faisant plus de 1000 blessés. Le gouverneur du Penjab apporte son soutient à Dyer et décrète la loi martiale sur l'ensemble de la province. Le Vice-Roi ordonne tout de même l'ouverture d'une enquête et relève Dyer de ses fonctions. Ce dernier sera accueilli en héros en Angleterre.

Le massacre du Jallianwala Bagh déclenche une vague de sentiment nationaliste chez les plus modérés.

Gandhi lance son premier mouvement de résistance passive, la satyagraha, le 1er août 1920. Il appelle au boycott des produits anglais mais aussi des écoles, des élections, des tribunaux, bref de tout ce qui est anglais.


La marche vers l'indépendance

Les britanniques sentent qu'il est temps d'apporter des réformes. Elles sont en parties apportées par les Lois Montagu-Chelmsford. Des élections sont organisées en 1920 afin de permettre à un plus grand nombre d'indiens d'entrer au Conseil Exécutif du Vice-Roi. Le Conseil Législatif Impérial est divisé en deux chambre : l'Assemblée Législative et le Conseil d'État. Ces réformes ne peuvent cependant pas empêcher les conflits parfois violents qui opposent les hindous et les musulmans.

Un an après avoir lancé sa première satyagraha, Gandhi constate que le raj britannique est toujours aussi puissant. Il décide donc d'appeler au boycott des impôts. En février 1922, quelques uns de ses partisans (les satyagrahis) tuent des policiers. Gandhi est arrêté et condamné à 6 ans de prison.

Au sein du Congrès, Motilal Nehru, constatant l'échec relatif de la politique de résistance passive de Gandhi, créé un nouveau mouvement, le Parti du Swaraj. Il pense qu'il serait plus efficace de gêner la politique anglaise au sein de l'Assemblée Législative. 40 députés du Parti du Swaraj sont élus en 1923 mais leur nombre restera toujours insuffisant pour vraiment perturber les débats.

Gandhi est libéré de prison en février 1924. Il comprend que l'indépendance ne pourra se faire sans le soutien du peuple indien dans son ensemble et s'attache à défendre la cause des intouchables notamment en leur permettant d'entrer dans les temples. Il décide lui-même de vivre dans un ashram en ascétique. La plupart des leaders du Congrès s'alignent sur la politique de Gandhi même si dans le même temps certains recherchent des solutions plus pragmatiques ce qui aura pour effet de créer une certaine ambivalence dans la politique du Congrès.

En 1930 Gandhi et le Congrès mobilisent les paysans et organisent une marche pour protester contre le monopole de l'exploitation du sel par les anglais. Mais les jeunes leaders du Congrès estiment que ces actions non-violentes ne font pas avancer les choses assez vite et prônent la violence. Le plus célèbre de ces activistes est Subhas Chandra Bose. Admirateur d'Hitler, il sera élu à la présidence du Congrès en 1938 et 1939 au grand dam de Gandhi. Arrêté par les anglais, il s'enfuira en Afghanistan puis en Allemagne en 1941.

C'est Jawaharlal Nehru, le fils de Motilal, qui émerge parmi les têtes pensantes du Congrès et qui semble le plus apte à succéder à Gandhi. Il est élu à la tête du mouvement en 1929. À 41 ans il en est le plus jeune président. Il fait voter la résolution du Purna Swaraj qui appelle à une libération complète de l'Inde.

Le principal problème reste cependant les affrontements parfois violents entre hindous et musulmans, notamment dans le nord de l'Inde. Après s'en être écarté, Mohammad Ali Jinnah revient à la tête de la Ligue Musulmane et la modernise. Devant la partialité des membres du Congrès à majorité hindoue et convaincus qu'ils deviennent des citoyens de seconde zone, de plus en plus de musulmans réclament la création d'un état islamiste qui rassemblerait les provinces où ils dominent, à savoir les provinces du nord-ouest et l'est du Bengale. En 1933 un groupe d'étudiants propose que ce pays soit baptisé Pakistan (Terre des Purs). Jinnah ne se ralliera à cette idée qu'en mars 1940 après la conférence de Lahore.

Pour essayer de résoudre les problèmes inter-communautaires, les britanniques organisent une table ronde en Angleterre. La première session a lieu en novembre 1930 sans les représentants du Congrès détenus en Inde. Mais sans eux aucune réforme n'est envisageable. C'est pourquoi une seconde session est organisée en septembre 1931 avec Gandhi comme seul représentant du Congrès. Sans résultat. Une troisième réunion commence en novembre 1932. Il en ressort la création de l'Orissa, séparée du Bihar, et celle du Sindh, première province gouvernée par les musulmans. La Birmanie est séparée de l'Inde. En 1935 le Parlement britannique vote un nouveau Gouvernment of India Act. Il prévoit la création de régimes électoraux séparés pour les musulmans et les autres minorités (sikhs, chrétiens, européens...). Le Congrès, et surtout Gandhi, sont offusqués par cette formule car les intouchable sont placés dans ces minorités. Après une grève de la faim Gandhi réussit à faire abolir ce projet constitutionnel.


La seconde guerre mondiale et ses conséquences

Le 3 septembre 1939, l'Angleterre déclare la guerre aux forces de l'Axe. Le Vice-Roi Linlithgow annonce que l'Inde participera à l'effort de guerre. Mais cette déclaration unilatérale provoque la colère de Nehru et de Gandhi qui refusent d'apporter d'emblée leur soutien sans contreparties. Devant le refus des anglais de céder Nehru appelle les ministres du Congrès élus dans les conseils de provinces à démissionner. Jinnah exulte et affirme que ces démissions mettent fin à la tyrannie du Congrès. La Ligue Musulmane profite de la situation pour se rapprocher des britanniques à qui elle apporte son soutien alors que le Congrès s'en écarte de plus en plus.

Pour la Ligue Musulmane il devient évident que les futurs plans britannique concernant le futur de l'Inde devront inclure la création d'un état musulman rassemblant en une seul entité les états du nord-ouest et ceux de l'est.

En octobre 1940 Gandhi lance sa campagne contre la guerre. Son plus proche disciple est enfermé en prison et Nehru qui a ouvertement appelé à la désertion est condamné à quatre ans de détention. Des milliers de partisans du Congrès seront eux aussi incarcérés.

Fin 1941, le Japon s'allie à l'Allemagne. Churchill, craignant une invasion japonaise de l'Inde, promet aux leaders indiens, en échange de leur soutien, un nouveau statut pour l'Inde pour une accession à l'indépendance. Mais Nehru et Gandhi refusent ces propositions car elles prévoient, pour répondre aux aspirations musulmanes, que les provinces qui le voudraient pourraient se séparer de l'Inde. Gandhi lance une nouvelle campagne de protestation : le mouvement "Quit India". Il demande aux anglais de quitter l'Inde immédiatement et de laisser les indiens négocier pacifiquement avec les japonais. La réponse anglaise ne tarde pas. Gandhi et les leaders du Congrès sont arrêtés. La résistance anglaise est poursuivie et beaucoup d'indiens perdent la vie.

En 1943, le Field Marshal Wavell est nommé Vice-Roi et décrète la loi martiale. À la fin de la guerre il organise une rencontre entre hindous et musulmans mais le fossé qui les séparent est désormais bien trop grand pour envisager une réconciliation.

En Angleterre le nouveau Premier Ministre Clement Atlee nomme Lord Pethick-Lawrence à la tête du Bureau Indien. Pethick-Lawrence est un ami de Gandhi et il a la charge de trouver une solution au conflit hindou-musulman. La Grande-Bretagne craint désormais de se retrouver au milieu d'une guerre civile.


L'indépendance de l'Inde

En 1946 Pethick-Lawrence se rend à New-Delhi. Il propose au Congrès et à la Ligue Musulmane que le pays soit divisé en trois groupes. Le groupe A regrouperait les provinces à majorité hindoue, le groupe B rassemblerait les provinces à majorité musulmane (Penjab, Sindh, provinces du Nord-Ouest et Baluchistan) et le groupe C serait constitué par la partie musulmane du Bengale. Ces groupes resteraient en partie dépendants d'un pouvoir central qui aurait en charge les affaires étrangères, la défense et les communications.

Carte de l'Inde juste après l'indépendance

Carte de l'Inde juste après l'indépendance

Mais le Penjab pose un gros problème en raison de la présence massive des Sikhs qui réclament eux aussi un état indépendant. Mais les diplomates n'ont pas le temps ni les moyens de négocier avec les Sikhs.

Jinnah et Nehru acceptent tout d'abord les propositions des britanniques mais une mésentente entre les deux hommes font tomber les plans de partage à l'eau. En août 1946 Jinnah appelle la nation musulmane à se soulever. De violents et sanglants affrontements à Calcutta feront plus de 10000 morts. La guerre civile durera une année faisant des milliers de victimes hindoues et musulmanes.

En mars 1947 Lord Mountbatten est nommé Vice-Roi. Il a pour mission de passer le pouvoir aux mains des indiens le plus vite possible. Craignant un départ précipité des anglais il décide de la partition du Penjab et du Bengale. Gandhi se refuse à l'idée d'un découpage de l'Inde et propose à Lord Mountbatten que Jinnah soit désigné à la présidence du nouvel état indien unifié. Mais Nehru et les leaders du Congrès s'y opposent.

En juillet 1947 le parlement britannique vote l'Indian Independance Act qui doit rendre effective la partition entre l'Inde et le Pakistan dans la nuit du 14 au 15 août 1947. Le Pakistan sera donc constitué de deux territoires séparés par des milliers de kilomètres. Les commissions chargées de tracer les frontières n'ont plus qu'un mois pour trouver un compromis. Lorsqu'elles annoncent les résultats de leurs travaux, des millions de personnes, hindous, musulmans et sikhs, traversent les nouvelles frontières afin de trouver refuge. Au moins 500000 personnes trouveront la mort au cours de massacres inter-communautaires.

Au lendemain du 15 août, Nehru devient Premier Ministre. Gandhi refuse les postes qu'on lui propose et préfère partir faire campagne pour la paix au Bengale et au Bihar. De retour à Delhi il est assassiné par un extrémiste hindou le 30 janvier 1948.

La partition reste cependant imparfaite. Il était convenu que les états princiers auraient le choix de rejoindre le Pakistan ou l'Inde. Sur les 570 principautés, seuls 3 refusèrent de choisir : celles du Junagadh, d'Hyderabad et du Cachemire. L'Inde récupère de force les deux premières en septembre 1948 et les intègre à l'Union Indienne. Le Cachemire, dirigé par un maharaja hindou mais habité par 75% de musulmans, tente dans un premier temps de rester indépendant mais en octobre 1947 le Pakistan tout proche lance une attaque. L'Inde propose alors au maharaja de le protéger en échange de son intégration à l'Union Indienne. La première guerre indo-pakistanaise est ainsi déclarée. En 1949 une ligne de démarcation est tracée. Elle ne cessera d'être contestée par les deux forces en présence.

Le 26 janvier 1950 l'Inde devient officiellement une République Fédérale. La constitution indienne adopte un régime parlementaire à l'anglaise avec une Chambre du Peuple (Lok Sabha) et un Conseil d'État (Raya Sabha). Les députés du Lok Sabha élisent le premier ministre. Nehru assura cette fonction jusqu'à sa mort en 1964. Le président de la République n'a que des pouvoirs honorifiques.

La fédération indienne est dirigée par un pouvoir central sis à Delhi. Chaque province dispose d'un gouvernement et d'une assemblée. Très vite, sous la pression des états du sud, les provinces sont réorganisées en suivant les frontières linguistiques. Nehru refuse cependant la création d'une province Sikh craignant une nouvelle partition du Penjab. Grâce à se politique de non-alignement, Nehru parvient à obtenir l'aide économique des deux blocs.


L'héritage de Nehru

Nehru meurt le 27 mai 1964. Le Congrès choisit Lal Bahadur Shastri pour lui succéder au poste de Premier Ministre. Dès sa prise de fonction Shastri doit résoudre une nouvelle crise avec le Pakistan dirigé par Mohammad Ayub Khan. Les pakistanais, soutenus militairement par les États-Unis, enfoncent les frontières du Sindh et du Cachemire. L'ONU intervient et obtient un cessez-le-feu avec un retrait derrière les frontières initiales. Mais en août le Pakistan, persuadé de la faiblesse de l'armée indienne, lance une nouvelle attaque au Cachemire. Les tanks indiens foncent vers Lahore et sont à deux doigts de la raser quand un nouveau cessez-le-feu est signé le 23 septembre 1965. La Grande-Bretagne et les États-Unis décident d'imposer un embargo militaire aux deux pays.

Le 10 janvier 1966 Shastri et Ayub signent un traité à Tashkent en Uzbekistan sous les auspices soviétiques. Mais le lendemain Shastri meurt et les accords ne lui survivent pas. Indira Gandhi, la fille de Nehru, est élue à la tête du Congrès en battant son rival Morarji Desai.


L'ère Indira Gandhi

Indira Gandhi poursuit la politique de non-alignement de son père. Dans la première année de son mandat elle se rend aux États-Unis et en Union Soviétique à la recherche d'une aide économique et financière.

En 1967 l'économie indienne est minée par plusieurs années de dépression. Indira Gandhi décide de dévaluer la roupie. La décision est impopulaire et le Congrès perd de nombreux sièges aux élections générales organisées la même année. La majorité du parti est conservée mais Mme. Gandhi est obligée de partager son pouvoir avec son rival Desai qu'elle nomme premier ministre adjoint et ministre des finances.

Le président de la République, un musulman, meurt en 1969. Indira Gandhi y voit une bonne occasion de consolider son pouvoir en faisant élire son candidat. Elle passe outre les conseils et les désirs de la vieille garde du Congrès ce qui lui vaut son exclusion pour indiscipline le 12 novembre 1969. Mais loin de se démonter elle rallie les autres membres du parti derrière le concept de “Nouveau Congrès”. Elle provoque de nouvelles élections fin 1970 qu'elle remporte haut la main avec une majorité écrasante.

En décembre 1970 les premières élections générales ont lieu au Pakistan. Mujibur Rahman les remporte mais le général Yahya Khan invalide les résultats et impose la loi martiale. Majipur Rahman réclame l'indépendance du Pakistan Oriental. Pour seule réponse Yahya Khan massacre la population de Dacca et arrête Rahman. De sa cellule, Rahman appelle la population du Pakistan Oriental et ses partisans à se soulever et à proclamer l'indépendance du Bangladesh (Terre des Bengalis). En huit mois 10 millions de personnes se réfugient au Pakistan Oriental. L'Inde intervient et pénètre sans résistance au Pakistan Oriental. Dacca tombe en décembre 1971. Emajipur Rahman est libéré par le président pakistanais par Ali Bhutto et en janvier 1972 il est nommé premier ministre du Bangladesh naissant.

Cette victoire de l'Inde sur le Pakistan renforce la domination du pays sur l'Asie du Sud-Est. La popularité d'Indira Gandhi est au plus haut. En 1971 elle signe un traité de coopération avec l'Union Soviétique et en 1972 elle lance le programme atomique. La première bombe H indienne explosera dans le désert du Rajasthan en mai 1974.

Mais si Indira Gandhi réussit en politique extérieure, son bilan en politique intérieure est catastrophique. Une série de mesures impopulaires provoquent des grèves et des manifestations qui atteignent leur paroxysme juste avant les élections de 1975 au Gujarat. Au même moment la Haute-Cour de Justice d'Allahabad condamne Indira Gandhi pour fraude électorale mais celle-ci refuse de démissionner malgré les menaces de désobéissance civile brandies par l'opposition. Le 26 Juin 1975 elle persuade le Président de la République Fakhruddin Ali Ahmed de décréter l'état d'urgence sur le pays. Elle ordonne l'arrestation de Desai ainsi que celle de nombreuses vieilles figures de la lutte pour l'indépendance. Très vite elle bâillonne la presse et nomme son fils Sanjay comme conseiller. En deux ans les principaux leaders sont mis en prison ou assignés à résidence et tous les mouvements contestataires sont sévèrement réprimés.

En juillet Indira Gandhi propose son programme économique en 20 points. Il vise à réduire l'inflation, à relancer l'économie et à combattre la corruption. Ces mesures se révéleront être efficaces mais dans le même temps elle prend une série de mesures impopulaires comme le gel des salaires et surtout la stérilisation forcée des femmes ayant eu plus de deux enfants. Malgré cette vague de mécontentement, elle organise des élections générales en 1977 et libère les prisonniers politiques. Mais ces élections se révèlent catastrophiques pour le Congrès. Indira Gandhi perd son siège de député et le Janata Party de Desai et Narayan devient majoritaire.

C'est donc Morarji Desai qui devient Premier Ministre à l'âge de 80 ans. Il rétablit les libertés mais est incapable de mettre en place une politique économique cohérente. L'inflation repart au galop. La fraude, le marché noir et la corruption affaiblissent le pays. En 1978 Indira Gandhi créé son propre parti : le Congrès (I), I pour Indira. En novembre elle est élue sous cette étiquette au Lok Sabha mais Desai la poursuit plusieurs fois en justice et réussit à la faire expulser du parlement et à la faire brièvement emprisonner.

En juillet 1979, face à son incapacité à mener des réformes et à relancer l'économie et menacé d'une motion de censure au Lok Sabha, Desai démissionne. Charan Singh lui succède mais démissionne à son tour quelques mois plus tard. Devant cette impasse politique, le Président de la République Reddy prononce la dissolution du parlement en 1979.

En janvier 1970 les élections générales débouchent sur la victoire écrasante d'Indira Gandhi. Son fils Sanjay apparaît de plus en plus comme son successeur. Mais le 23 juin 1980 il se tue dans l'avion qu'il pilotait et laisse la place vide à son frère Rajiv, alors pilote de ligne.

Ce retour au pouvoir est entaché par de graves problèmes de conflits inter-communautaires notamment au Penjab où les Sikhs se sentent de plus en plus mis à l'écart du reste de la population. Pour tenter d'apaiser le ressentiment des Sikhs, Indira Gandhi nomme l'un des leurs au ministère de l'intérieur et en fait élire un autre, Zail Singh, à la Présidence de la République en 1982. Mais ces promotions somme toute symboliques ne diminuent pas la vague de colère au Penjab.

Les revendications territoriales Sikhs se font de plus en plus radicales et les leaders indépendantistes réclament la création d'un état Sikh à part entière. Les extrémistes se retranchent dans le Temple d'Or à Amritsar, lieu sacré du culte Sikh. Le gouvernement d'Indira Gandhi semble incapable d'endiguer la vague de violence au Penjab. C'est pourquoi le 5 juin 1984, dans la perspective des élections de janvier 1985, elle lance l'Opération Blue Star contre le Temple d'Or. L'assaut des troupes et des tanks indiens dure quatre jours et fait des centaines de morts des deux côtés.

Le 31 octobre 1984 Indira Gandhi est assassinée par deux de ses gardes du corps Sikhs. Il s'ensuit une vague d'émeutes anti-Sikhs qui fera des centaines de morts. Le lendemain le Président Zail Singh nomme Rajiv Gandhi au poste de Premier Ministre.


La transition politique et économique

Dès sa prise de fonction Rajiv Gandhi organise des élections générales qu'il remporte à la tête du Congrès (I) en décembre 1984. Son principal objectif est de moderniser la vie économique de l'Inde. Il lève les restrictions sur les importations et ouvre de nombreux secteurs au privé. Bien que l'URSS continue à fournir des équipements militaires à l'Inde, Rajiv Gandhi se tourne vers les États-Unis pour développer les secteurs technologiques et informatiques.

Sur le plan de la politique intérieure, l'Inde se retrouve impliquée dans les problèmes d'émeutes au Sri Lanka où les séparatistes tamouls réclament un territoire autonome. En 1987 Rajiv Gandhi signe un traité avec le président du Sri Lanka. Il s'engage à empêcher les terroristes tamouls (les Tigres) d'utiliser le territoire de l'Inde, et notamment le Tamil Nadu, comme base arrière et envoie une force d'interposition au Sri Lanka. Mais celle-ci se retrouve de plus en plus impliquée dans les combats et l'Inde décide de son retrait à la fin des années 80.

Malgré son écrasante majorité au Lok Sabha, le Congrès (I) doit faire face à de nombreux partis d'opposition et aux accusations de corruption. La cote de popularité de Rajiv Gandhi commence à décliner. Lors des élections générales de 1989, le Congrès (I) perd la majorité absolue et se retrouve minoritaire face à l'alliance du BJP (le parti nationaliste hindou) de L.K. Advani et du Janata Dal de V.P. Singh. Ce dernier est nommé Premier Ministre en décembre 1989.

En décidant d'ouvrir de nombreux postes pour les basses castes Singh se rend très vite impopulaire auprès des hautes castes qui l'accusent de vouloir récupérer des voix. Au sein même de son parti, Singh doit faire face aux contestataires emmenés par Chandra Shekhar qui finira par quitter le parti.

Cette montée du nationalisme provoque un regain de tensions entre les communautés. Les fondamentalistes hindous, emmenés par L.K. Advani, se rassemblent à Ayodhya. Ils réclament la destruction d'une mosquée construite par les Moghols et qui, selon eux, fut bâtie sur les fondations d'un ancien temple hindou. Le gouvernement de V.P. Singh est obligé d'intervenir pour éviter la catastrophe. Le 23 octobre Advani est arrêté par la police. Dès lors la coalition entre le BJP et le Janata Dal vole en éclat et Singh démissionne le 7 novembre 1990 après le vote d'une motion de censure.


L'instabilité politique

C'est Chandra Shekhar, soutenu par le Congrès (I), qui succède à V.P. Singh. Mais avec seulement 60 sièges, son parti est trop faible pour faire face aux imbroglios politiques. Il démissionne en mars 1991 et provoque de nouvelles élections générales.

Le 21 mai, alors qu'il se trouve au Tamil Nadu pour sa campagne électorale, Rajiv Gandhi est assassiné lors de l'attaque suicide d'une séparatiste tamoule. Sonia Gandhi, sa veuve, décline la proposition qui lui est faite de prendre la suite de son mari. Le Congrès (I) élit Narasimha Rao à sa présidence. Il remporte les élections et forme un nouveau gouvernement le 20 juin 1991. Le deuxième parti reste le BJP d'Advani dont l'influence dans les états du nord est énorme. Les revendications religieuses n'ont pas disparu et les violences entre hindous et musulmans sont de plus en plus nombreuses. Advani appelle toujours à la destruction de la mosquée d'Ayodhya. Les fondamentalistes hindous passent à l'acte le 6 décembre 1992 et déclenchent une sanglante vague d'émeutes. En mars 1993 plus de 300 personnes sont tuées par des attentats à la bombe. Le BJP devient de plus en plus puissant et affaibli le Congrès. En 1996 ce dernier est sévèrement battu lors des élections générales. Le leader du BJP, Atal Behari Vajpayee devient Premier Ministre. Mais le Congrès reste incontournable lors des votes de confiance. En juin 1996 il parvient à renverser le BJP. Deve Gowda, à la tête d'une coalition, succède à Vajpayee mais le 30 mars 1997 le Congrès se retire de l'alliance et fait élire I.K. Gujral qui est à son tour renversé le 28 novembre 1997.

En 1998 une nouvelle coallition réélit Vajpayee au poste de Premier Ministre. L'époque est marquée par un regain des tensions internationales. Au début de l'année 1999 des extrémistes hindous et des membres de hautes castes sont assassinés. Les parlementaires nationalistes désapprouvent les prises de position de Vajpayee. Devant ces crises nationales et internationales le président de la République, K.R. Narayanam, provoque de nouvelles élections générales. En octobre 1999, le BJP obtient la majorité relative au Lok Sabha. Pour la troisième fois, A.B. Vajpayee est élu Premier Ministre.



Voir aussi :

. Géographie de l'Inde



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