Construction du Taj Mahal


Comme on peut l'imaginer le Taj Mahal nécessita énormement de monde pour sa fabrication. Les spécialistes de chaque profession furent appelés pour oeuvrer sur un chantier qui réunit au plus fort de son activité jusqu'à 20 000 personnes. Il fut commencé en 1631. 17 ans plus tard, en 1648, le mausolée principal était terminé. Le site complet fut terminé en 1653, 5 ans plus tard, années qui furent mises à profit pour construire l'enceinte, les bâtiments annexes, et surtout les jardins.


Le style

L'architecture du Taj Mahal est clairement indo-islamique. Il s'agit d'un style faisant la synthèse entre l'art hindou, traditionnelle sur ce territoire, et islamique, cette religion ayant été véhiculé jusqu'ici. Le mélange des deux à permit une réinterprétation des nombreuses traditions hindouïstes sous une forme islamique qui domina la région depuis l'époque du sultanat de Delhi (1192 - 1451). Par la suite l'Empire Moghole prit le dessus et l'art indo-islamique prit diverses formes en fonction du climat politique de l'époque. Ainsi avec le premier empereur Bâbur ce style fut peu employé, alors que sous Akbar, il le fut grandement. Le territoire, historiquement peuplé de non musulmans, livra une main d'oeuvre qui n'était pas habitué au style islamique. Toutefois c'est sous la direction d'artistes musulmans qu'ils furent construits, d'où ces entrelacs de végétation, ce travail de marqueterie lapidaire et ce dôme de lotus qui est le fleuron du Taj Mahal, synthèse de l'art islamique et hindou.


Les artisans

Il est hélas difficile de savoir qui a construit le Taj Mahal. A cette époque on s'attelait plus à retenir le nom de l'initiateur du projet, Shah Jahan, qu'aux ouvriers, ou mêmes aux architectes. C'est pourtant une équipe complète d'architectes qui conçut, puis dirigea les travaux du monument, mais leurs noms ne sont pas vraiment connus. Seuls les noms de 40 travailleurs qualifiés sont connus. Il s'agit de dessinateurs, de maçons, de tailleurs de pierre, de sculpteurs, de marqueteurs, de construction de dôme, de calligraphes, de charpentiers et de concepteurs de jardins. Cette liste nous est parvenue par des sources perses.

Si la plupart des artisans nous sont inconnus, mais en fonction du corps de métier on connait leurs origines, d'un point de vue général. Ainsi on sait que les sculpteurs étaient plutôt de Boukhara, les calligraphes de la Syrie et de la Perse, les ouvriers faisant les incrustations de l'Inde du sud, les coupeurs en pierre de Baluchistan, etc. D'autres régions étaient largement représentées : le Rajasthan, le Malwa, le Gujarat et le Punjab, par exemple.

En ce qui concerne les ouvriers, ils furent jusqu'à 20 000 sur le chantier. Ils étaient pour la plupart recrutés en Inde du Nord.

Voici quelques noms qui sont quand même connus :

  • Ustad Ahmad Lahori : Architecte principal du monument
  • Ismail Afandi, de l'empire Ottoman : Concepteur de la coupole principale
  • Ustad Isa et Isa Muhammad Effendi, de Perse : Concepteur architectural
  • 'Puru' de Benarus, Perse : Architecte superviseur
  • Qazim Khan, de Lahore : Dorure
  • Chiranjilal, de Delhi : Chef sculpteur et mosaïste
  • Amanat Khan de Shiraz, Iran : Calligraphe en chef
  • Muhammad Hanif : Superviseur de maçons
  • Mir Abdul Karim Khan et Mukkarimat de Shiraz : Gestionnaire des finances, production quotidienne

Par ailleurs et à titre de comparaison, nous savons que Bâbur employait 1491 tailleurs de pierre qualifiés sur la construction de ses bâtiments à Agra, Fatehpur Sikri, Bayana, Dholpur et Gwalior et 680 sur les bâtiments d'Agra seul, ce qui, par rapport au Taj Mahal, étaient des œuvres très mineures.

Ainsi les listes perses nous montre qu'un certain Ata Muhammad, sang-tarash (tailleur de pierre) de Boukhara, a travaillé sur le Taj Mahal. Il était payé 500 Roupies par mois. Shakir Muhammad, Gul-tarash (sculpteur) de Boukhara aussi, était payé 400 Roupies seulement alors que Muhammad Sajjad, merfiar (maçon) de Multan et Chiranjilal, pachchikar (façadier) de Lahore étaient payés respectivement 590 et 800 Roupies par mois. Mais ces simples noms posent un problème. En effet, on voit que des tailleurs de pierre venaient Boukhara, or cette ville, petite et peu connue, n'était pas spécialement réputée pour ses tailleurs de pierre. Or l'Inde est une spécialiste des oeuvres lapidaires, l'art de la pierre y est très répandu et les tailleurs de pierre sont légions sur place. D'ailleurs même du temps de Tamerlan, deux siècles avant, les ouvriers indiens étaient appelés à travailler dans d'autres régions, en particulier en ce qui le concerne, à Samarcande (Pour y construire sa grande mosquée). Alors pourquoi faire venir des tailleurs de pierre d'ailleurs ? Et surtout, pourquoi les avoir payé si chers, sachant que l'équivalent de l'époque de la Roupie correspondrait de nos jours à plusieurs mois de salaire d'un ouvrier ?

La réponse se trouve probablement dans le fait que cet argent n'entrait pas directement dans la poche de l'artisan. En fait, l'artisan n'était - probablement - qu'un chef d'équipe, ou un chef de guilde, et ils étaient engagés pour faire un travail impossible à faire seul. Aussi s'entouraient-ils d'ouvriers dont ils devaient payer les salaires. Ces personnes n'étaient donc probablement même pas des artisans mais plutôt des entrepreneurs faisant travailler des ouvriers. D'ailleurs ce qui était payé à ces personnes était une somme contractuelle, mensualisée, correspondant à l'exécution d'un certain travail. Peu importe donc que ce travail soit fait par une personne ou 10, le contrat était figé. Ce mode de fonctionnement est une invention de Mir-Imarat, coordinateur de la construction, et c'est donc grace à ça qu'on connait certains noms d'intervenants sur le chantier tout en masquant le nom des véritables ouvriers du chantier.

Sur ce principe, les chefs de guildes furent, pour le département naqshanawis (dessinateurs) Ustad 'Isa Afan di qui était venu de Shiraz. Il a reçu l000 Roupies par mois pour les hommes qui ont travaillé sous ses ordres. 'Abdul Haq, nommé Amanat Khan Shirazi, lui-même un artiste expert, a dirigé le département des calligraphes. Ran Mal était le dessinateur des jardins, il venait du Cachemire. Pira était maître charpentier de Delhi, quand aux constructeurs du dôme, ils ont ont travaillé sous la responsabilité d'Ismail Khan Rumi.

Qadir Zaman Khan a été mentionné comme dar-har-ek-phan-ustad-e-kamil, c'est à dire un expert des techniques de construction qui consistaient à creuser et remplir les fondations, la maçonnerie, la pose de pierres, le levage des blocs de grands poids par des cordes et des poulies, la manipulation des niveaux, l'entretien du drainage et des dizaines d'autres techniques en plus. Mir-Imarat, lui, était en charge de l'ensemble de la construction du Taj Mahal, il a réalisé l'achat et l'emmagasinage des matériaux, le recrutement d'artisans et d'ouvriers et de décaissement des salaires. Il a également coordonné l'ensemble du travail.


Origine des matériaux

Contrairement à ce qu'on croit le mausolée du Taj Mahal n'est pas fait de marbre, il en est seulement recouvert. En effet, les murs du monument sont en briques rouges, fabriquées sur place pour des raisons évidentes de transport. Il semble que ces briques aient aussi servi à faire des échafaudages, mais ce n'est pas certain car à l'époque on utilisait beaucoup les bambous ou même du bois, pour faire ces échafaudages.

Les énormes billes blanches ont été réalisées à Makrana, au Sud-Ouest de Jaipur, à environ à quatre cents kilomètres de distance. Pour les transporter les tailleurs de pierre ont dû louer des chariots dont les frais ont été imputé au trésor royal. Les billes ont été coupés avec une grande précision, sans aucune fissure.

Les constructeurs ont utilisé différents types de marbre, qui venaient de différentes régions et pays : Le Rajasthan, le Punjab, la Chine, le Tibet, l'Afghanistan, le Sri Lanka, et même la péninsule arabique furent des centres exportateurs de pierres.

Trois types de pierres ont été utilisées dans la construction du Taj Mahal, elles sont indiquées ci-dessous par leurs noms locaux.

La construction du Taj Mahal a implique l'utilisation de pierres semi-précieuses telles que Aqiq, yéménite, firoza, Lajward, Moonga, Sulaimani, Lahsania, Tamra, Yashab et Pitunia qui ont été utilisés pour les incrustations; des pierres rares et peu communes comme Tilai, Pai-Zahar, Ajuba, Abri, Khattu, Nakhod et Maknatis qui ont été utilisés en marqueterie, pour les fameuses pietra dura, pour les planchers, et les tourelles et des pierres communes Sang-i-Gwaliori (du gré, gris et jaune).

Le Sang-i-Surkh (grès rouge), Sang-i-Musa (marbre noir) et Sang-i-Rukham (marbre blanc) ont été utilisés pour les fondations et la maçonnerie et en tant que façades extérieures. Le gré rouge vient de Fatehpur Sikri, tout à côté, de Tantpur et de Paharpur. Le marbre blanc a été acheté à Makrana, au Rajasthan et a été dûment payée, comme les trois contrats exposés dans le musée le montre. Les pierres semi-précieuses et rares ont été amenées d'endroits éloignés comme le haut Tibet, le Kumaon, le Jaisalmer, le Cambay et Ceylan. Les listes perses donnent des chiffres précis ainsi que les noms des pierres. Par exemple :


Aqiq 340
Lajward 240
Moonga 147
Sulaimani 559
Lahsunia 52
Tamra 398
Ajuba 850
Yashab 54
Pitunia 542
Maknatis 77

Bien sûr ces chiffres ne dénotent pas le nombre de pierres réelles utilisées au total, en réalité il y en a eu bien plus. Ces chiffres désignent un "Phari" ou "Dheri", chaque Phari correspondant à une Zira cubique. On appelle ça un "réservoir" pour le cas de pierres précieuses. Chaque chiffre est dont une capacité de pierres précieuses. Si vous n'avez toujours pas une idée de ce que ça représente, sachez qu'une zira est une mesure de longueur dans le monde musulman, il correspond à une coudée dans le monde européen de l'époque. Si ce n'est pas très précis, on imagine que ça fait approximativement 50cm, donc un zira cubique fait à peu près 0.125m2, soit 125 litres. et il y en a des centaines !

Ces listes fournissent également une table qualitative théorique utilisé par le département Achat pour maintenir un niveau bon de qualité.

En ce qui concerne la fabrication des briques, pour l'ossature des bâtiments maçonnés, il faut savoir qu'elles ont été fabriquées localement et traités chimiquement pour accroitre leurs forces et leurs stabilités. Des ingrédients comme la mélasse, le batashe, l'eau belgiri, le jute et le kankar ont été mélangés avec du mortier de chaux pour en faire un agent de cimentation le plus parfait possible.


L'emplacement

Le Taj Mahal se devait d'être en bord de la Yamunâ pour plusieurs raisons. Tout d'abord, l'eau est l'une des 4 rivières du Paradis selon le Coran, il est donc logique qu'un tombeau soit à proximité d'une rivière. Ensuite la Yamunâ, qui traverse Agrâ, est un affluent du Gange, le fleuve purificateur de la religion hindoue, donc en plaçant la défunte ici, son âme sera naturellement purifiée pour le peuple hindou sur lequel régnait Shah Jahan. Enfin cette zone de la ville, à l'Est, était l'endroit où se trouvait, au XVIIe siècle, tous les jardins et palais des notables moghols, il était donc assez logique que la tombe de l'impératrice soit par ici.

Initialement le terrain sur lequel a été construit le Taj Mahal appartenait à Raja Jai Singh. Il accepta de le céder à l'Empereur contre quatre maisons au centre-ville. On ignore si le marché était intéressant pour le vendeur, mais à priori, oui.

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Les fondations

Les fondations ont représenté le plus grand défi technique à relever par les constructeurs Moghols. Afin de supporter la charge considérable résultant du mausolée, le sable de la berge devaient être stabilisés. À cette fin, des puits ont été creusés, puis tubé en bois et enfin rempli de gravats, de fer et de mortier, agissant ainsi comme des pieux. Une fois que la construction de la terrasse a été achevée, les travaux ont commencé en même temps sur le reste du complexe.

Les arbres ont été plantés presque immédiatement pour leur permettre de grandir en même temps que le travail avançait.


La construction

Une fois les fondations faites, les murs du mausolée comme de la mosquée, du pavillon des invités et de la porte furent bâtis. Ils sont en gré rouge, une pierre faite de sable compressée qui peut être d'une grande solidité. Les briques de gré ont été scellées avec du mortier, de façon tout à fait classique. Pour monter sur les parties les plus hautes les ouvriers utilisaient des échafaudages, probablement de bambous, mais aussi de briques, ces dernières ervant à la fois à aider à l'édification et à la construction elle-même. Cette technique d'élévation par échafaudages en brique est toutefois sujette à caution, il est plus vraissemblable qu'ils aient été faits en bambous.


Travaux décoratifs

Le travail d'incrustation de décors de pierre a nécessité une main d'oeuvre hautement qualifiée. Ces spécialistes en marqueterie lapidaire étaient des Moghol ayant été formé aux techniques d'incrustation par des artisans italiens employés à la cour de l'Empereur. On retrouve une influence italienne dans les détails floraux représentant partiellement des plantes médicinales européennes. Ces plantes étaient considérées comme de la végétation paradisiaque, d'où leurs présences sur le mausolée, mais aussi sur la mosquée et le pavillon des invités. Pour les réaliser les artisans ont utilisé une quarantaine de type de pierres différentes, toutes précieuse et semi-précieuse.

Des motifs floraux dans le Taj Mahal

Des motifs floraux dans le Taj Mahal

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Inscriptions calligraphiques

Comme l'utilisation des images de l'homme ou de l'animal est strictement interdite dans les traditions islamiques, il fallut utiliser d'autres styles de décorations. Il y eut des décors floraux, beaucoup, mais aussi énormément d'inscriptions calligraphiques. Comme on peut s'y attendre, ce sont surtout des versets du Coran qui ont été écrits. On les trouve à l'intérieur comme à l'extérieur du mausolée. Le talentueux persan Abd-ul-Haqq, qui obtient pour son travail le titre de "Amanat Khan" a créé les décorations calligraphique du Taj Mahal. C'est lui qui avait fait ces inscriptions sur la tombe du grand-père de Shah Jahan, Akbar, sur les ordres de son père Jahângîr. C'était donc une personne bien connue des artisans locaux et c'est tout naturellement qu'il fut appelé sur la construction du Taj Mahal. Il fut le seul a être autorisé à signer ses œuvres sur le Taj Mahal, ce qui nous permet d'obtenir de précieuses informations.

Ce sont ces signatures datées qui permettent d'avoir un fil conducteur de l'avancé des travaux. On constate ainsi que les œuvres calligraphiques ont commencé du haut vers le bas. En 1937 le travail caligraphique était quasiment terminé. Le calligraphe Amanat fut récompensé pour son travail par une augmentation de son salaire et un éléphant, ce qui était loin d'être négligeable à l'époque. Il est mort en 1647 ou 1648, après avoir achevé les inscriptions sur la porte principale, sur laquelle est inscrit sa dernière signature : "Terminé Avec son aide, le Très-Haut, 1057". Cette date anachronique s'explique par le fait qu'il comptait en année lunaire.

Inscriptions calligraphiques

Inscriptions calligraphiques

. En savoir plus sur les inscriptions calligraphiques.


Coût de la construction

Combien a coûté la construction du Taj Mahal ? Voilà bien une question à laquelle il n'est pas si difficile de répondre car les travaux ont faits l'objet de transaction entre le gestionnaire du chantier et les artisans venus de toute part pour y travailler. Grace à ces listes, d'origine persane, nous avons une idée du coût du Taj Mahal. Il est d'un peu plus de 41 848 426 Roupies.

En fait, les fonds pour la construction du Taj Mahal ont été fournis par le Trésor royal de l'empereur et le Trésor du gouvernement de la province d'Agra (subah Akbarabad) et les comptes ont été scrupuleusement tenus par Lala Rudra Das. La principale sources de dépenses était le coût des pierres et des lalaires versés aux travailleurs. Stock et main d'oeuvre, on n'a rien de si moderne depuis...

Coût de chaque partie du complexe a été calculé séparément, par exemple le coût du socle en marbre (chhakka) avec les 4 minarets est donnée à 5 177 674 roupies, celui des principales tombe est de 5 345 361 Roupies. La fameuse balustrade qui ceinte les deux cénotaphes a coûté 468 855 Roupies. Environ 50 sources de dépenses ont ainsi été faites et le coût total de la construction du Taj Mahal arrive à 41 848 426 Roupies. Il a été payé par 466,55 Kg d'or tiré du trésor royal.

. En savoir plus sur le coût du Taj Mahal.



Voir aussi :

. Histoire du Taj Mahal

. Dimensions du Taj Mahal





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